Le PDG de Zeturf : «Si le projet est complètement verrouillé, c'est un coup d’épée dans l’eau»

INTERVIEW Il est le premier homme à avoir osé braver le monopole du PMU, «l'ancien régime» du turf, comme il dit. Emmanuel de Rohan-Chabot revient sur la mouture rendue publique ce jeudi sur la libéralisation des paris en ligne...

Recueilli par Mathieu Grégoire

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Le cheval français Offshore Dream, drivé par son entraîneur français Pierre Levesque, a remporté dimanche pour la deuxième fois consécutive le Prix d'Amérique, épreuve considérée comme le championnat du monde du trot attelé, sur l'hippodrome de Paris-Vincennes.
Le cheval français Offshore Dream, drivé par son entraîneur français Pierre Levesque, a remporté dimanche pour la deuxième fois consécutive le Prix d'Amérique, épreuve considérée comme le championnat du monde du trot attelé, sur l'hippodrome de Paris-Vincennes. — Patrick Hertzog AFP
Emmanuel de Rohan-Chabot est le PDG de Zeturf, basé à Malte. Depuis 2005, il prend des paris sur les courses hippiques françaises, fermement convaincu que la France allait devoir un jour transposer le texte européen sur la libéralisation des paris, malgré les poursuites. Ce jour approche. Eric Woerth a annoncé que le projet de loi sur les paris en ligne serait examiné fin mars en Conseil des ministres, pour une entrée en vigueur le 1er janvier 2010.

Est-ce «l’offre alternative sérieuse au PMU» que vous souhaitiez depuis des années?
Oui et non. Le grand progrès, c’est de reconnaître ce qui existe: les paris sur Internet et la position de la commission européenne. Il s’agit d’une ouverture maîtrisée, à laquelle je suis favorable, avec un encadrement des nouveaux entrants. On fixe des règles du jeu.

Sauf que...
Il y a quelque chose qui ne passe pas: le taux de fiscalité de 7,5% sur les mises, et le soutien à la filière équine, qui est prévue pour l’instant à 8%, comme pour le PMU. Vous rajoutez la marge de l’opérateur, et les turfistes bénéficieront d'un taux de reversement des enjeux de 80% par les opérateurs de licence française.

Vous craignez la concurrence qui arrive?
Pas celle qui sera sous licence française, qui aura les mêmes conditions de travail que nous. Mais la concurrence extérieure, avec des conditions d’exploitation différente, oui. Il y aura un tel écart concurrentiel entre les sites si le projet reste en état... Nous reverserons 80% des enjeux, alors qu’un site étranger moyen en reverse 91%. Rendez-vous compte, c’est comme 11 points de TVA de différence sur un produit. Si nous revenons à 87,88%, notre client n’ira pas forcément voir ailleurs. Car nous ferons de la pub, nous montrerons que nous sommes légaux, sérieux, le parieur pourra vérifier qui on est. Mais si l’écart est de 11 points... Vous savez, les parieurs sont des joueurs, même si c’est un site domicilié à la Barbade, ils prendront des risques.

Ces sites seront-ils illicites par rapport à la loi française?
Le gouvernement dit qu’il va les bloquer, et je serai cette fois de son côté. Mais Bruxelles permet d’aller partout en Europe quand on a sa licence dans un pays de l’UE, et l’OMC explique qu’on ne peut pas contrer ce type de transactions. On retrouvera la même comédie qu’aujourd’hui.

Vous allez transférer vos activités en France?
Oui. C’est plus facile d’être installé près de ses clients français, d’autant qu’on va pouvoir communiquer.

Vous avez été attaqué en justice par l’Etat français. Etes-vous satisfait, aujourd’hui?
La Cour de cassation a cassé les sanctions contre Zeturf à l’été 2007. Ce projet de loi est dans l’ordre des choses, on a toujours été dans la lecture du droit européen, tout simplement. Et on a pris une position au moment où il était plus facile de le faire. Aujourd’hui, notre chiffre d'affaires 2008 est de 110 millions d'euros contre 500 millions pour pmu.fr qui est en situation de monopole sur Internet.

Vous allez argumenter...
Si le projet de loi est complètement verrouillé au niveau de la fiscalité et de la filière équine, c’est un coup d’épée dans l’eau, malgré les grands principes énoncés.

Le nombre de parieurs va-t-il augmenter?
Sûrement. On crée des marchés avec ce projet. Il y a 9 milliards de paris hippiques chaque année en France, en Angleterre, où la libéralisation est totale, il y en a 15 milliards.

Le problème de l’addiction se pose...
Mais il se posait déjà pour les sites privés sérieux. A Zeturf, nous limitons les crédits: 50 euros maximum par semaine. Si vous êtes en positif, vous pouvez jouer tant que vous voulez. Mais pas plus de 300 euros sur un cheval, contre 10.000 sur pmu.fr. On a toujours surveillé ça de très près, plus que les monopoles, qui savent que le client ne peut aller ailleurs. Nous, on n’a pas intérêt à matraquer le client, au risque de le perdre. Notre valeur économique, c’est notre portefeuille de clients. Et je ne souhaite pas ruiner une famille.

Vous avez déjà un budget de pub, j’imagine. Vous allez sponsoriser une équipe de football?
(Il rit) C’est possible en effet. Disons qu’on est prêt pour le 1er janvier 2010.