Colonna: les femmes reviennent, les ennuis aussi

JUSTICE L’épouse d’un membre condamné du commando met en difficulté l’accusé...

Bastien Bonnefous

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L'accusation a tenté mercredi de reprendre l'avantage au procès d'Yvan Colonna avec le début des auditions des compagnes de ses complices présumés, dont les déclarations pendant l'enquête avaient été accablantes pour le berger corse.
L'accusation a tenté mercredi de reprendre l'avantage au procès d'Yvan Colonna avec le début des auditions des compagnes de ses complices présumés, dont les déclarations pendant l'enquête avaient été accablantes pour le berger corse. — Martin Bureau AFP

Et soudain Michèle Alessandri craque. «Je n'en peux plus, je n'en peux plus… je tiens pour mes enfants… mais j’ai tout perdu… tout», souffle à la barre, en larmes, l'épouse de Pierre Alessandri, un des hommes clés du commando Erignac, condamné en 2003 à la perpétuité. «Impressionnée d’être là», cette femme à la voix plaintive et agressive à la fois, a de nouveau exonéré avec maladresse Yvan Colonna hier devant la cour d'assises spéciale de Paris, comme lors du premier procès fin 2007.

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Le berger de Cargèse, il faut l'effacer de ses aveux, dit-elle en substance. «J’ai menti quand j'ai accusé Yvan Colonna.» Non, elle n'a pas vu son mari partir avec lui le soir de l'assassinat, le 6 février 1998. Non, elle ne l'a pas revu le lendemain matin quand elle a récupéré son époux chez Alain Ferrandi.

En finir une bonne fois pour toutes

En cause, ses gardes à vue à la police antiterroriste en mai 1999, après l'interpellation du commando. «Les policiers vous harcelaient de questions, ils vous montraient les PV, ils disaient voilà c'est ci c'est ça, Yvan Colonna, les autres…». Nerveuse, Michèle Alessandri dit les «menaces» sur ses enfants, «la peur d’être inculpée pour complicité». Sa voix blanche a alors des accents sincères, qui s'envolent lorsqu'elle évoque Colonna, laissant place à des hésitations et de longs silences accablant l’accusé. Une question embarrassante de la cour et elle botte en touche. «Demandez à mon mari, moi je suis étrangère à cette histoire», se justifie celle qui dit «comprendre l'acte politique» - l’assassinat – mais «ne pas l’accepter».

Pour Yvan Colonna, l'«ami» de son mari qu'elle appelle «monsieur Colonna», Michèle Alessandri n'aura pas une parole directe en trois heures d’audition, et à peine un regard. Au contraire, cette ancienne éducatrice sportive donnera le sentiment vif de vouloir s’enfuir à toutes jambes du prétoire, «pour en finir une bonne fois pour toutes avec tout ça».