Fritures sur la ligne au procès

Bastien Bonnefous

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Sait-on vraiment ce qui s'est passé rue du Colonel-d'Ornano, à Ajaccio, le 6 février 1998 ? Les avocats de Colonna ont mis en évidence, hier, devant la cour d'assises spéciale de Paris des incohérences entre la localisation des téléphones portables du commando et le scénario de l'assassinat du préfet Erignac livré par Pierre Alessandri. Scénario sur lequel repose en partie le dossier.

En garde à vue, Alessandri aurait dit être présent, dès 20 h, dans la rue du crime, avec le tireur Colonna et le guetteur Alain Ferrandi, trio conduit sur place par Didier Maranelli. Or, selon la défense, la téléphonie prouverait que Ferrandi et Maranelli se trouvaient encore à 20 h 16 près de l'aéroport d'Ajaccio. A 20 h 43, soit un quart d'heure avant la mort du préfet, Ferrandi n'aurait pas été en planque devant le Théâtre du Kalliste, comme l'affirme Alessandri, mais au niveau de la préfecture. Pas de quoi innocenter Colonna, qui n'a jamais eu de portable, mais suffisant pour supposer qu'Alessandri a baladé les enquêteurs. « Il a menti sur les lieux et les heures, pourquoi n'aurait-il pas menti sur les hommes présents », demande Me Simeoni, avocat du berger.

Hier soir, les femmes du commando ont commencé à déposer. Nicole Huber-Balland, épouse Versini, a raconté ses « quatre jours et trois nuits de garde à vue [en mai 1999], dans les mêmes vêtements, sans se laver, à coucher à même le béton ». « Inquiète » pour ses enfants, cette apicultrice se souvient d'un policier « qui [lui] a dit "la messe est dite, on sait tout" », avant de lui faire lire « le PV de Pierre Alessandri sur lequel figuraient tous les noms ». Noms qu'elle aurait répétés. « On peut dire tout et n'importe quoi. Je voulais rentrer chez moi, en finir le plus vite possible », explique-t-elle aujourd'hui. ■