Le fils conditionné pour s'accuser

David Carzon (avec AFP)

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Jean-François Mailhes, procureur de la République de Thionville (Moselle), a confirmé, hier, que c'est la mère de famille qui a poignardé sa fille de 10 ans, samedi, à Uckange. Et non le petit frère de celle-ci pour une histoire de console de jeux vidéo, comme elle l'a d'abord prétendu. « La mère, qui avait travaillé toute la nuit, a expliqué qu'elle était intervenue, au cours de la matinée suivante, dans une dispute entre ses deux enfants et qu'après avoir corrigé son cadet, elle avait reçu de sa fille un coup de pied dans le bas-ventre, où elle venait d'être opérée », ce qui lui avait fait porter le coup de couteau, a expliqué le magistrat. « La mère a beaucoup de mal à expliquer la manière dont elle a fiché le couteau dans le thorax de son aînée. »

Lundi, le garçon avait déclaré aux enquêteurs qu'il avait poignardé sa soeur parce qu'elle avait refusé de lui prêter sa console de jeux, ajoutant qu'il croyait que le couteau dont il s'était servi « était un jouet » de dînette. Une version mise en doute par les constatations d'un chirurgien de l'hôpital de Nancy-Brabois, où la fillette était toujours hospitalisée hier. Celui-ci a expliqué qu'un enfant de 5 ans n'avait pas pu porter un coup d'une telle force et vu sa taille, avec une telle trajectoire descendante, le garçon étant plus petit que sa soeur. La femme avait conditionné son petit garçon pour qu'il s'accuse « parce que, lui a-t-elle expliqué, elle avait peur d'aller en prison », selon le procureur. Après avoir avoué face à ces constatations, la mère, une serveuse de 36 ans, a été mise en examen pour « violences aggravées et manquement à ses obligations éducatives ». Elle n'a pas été incarcérée, mais placée sous contrôle judiciaire strict. Elle risque dix ans de prison. Les deux enfants ont été placés sur décision du juge. ■