Les victimes et les familles se succèdent à la barre

à Toulouse, Hélène Ménal

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Un père inconsolable, des enfants traumatisés, une automobiliste qui a la phobie du bruit et qui n'arrive pas à évacuer l'image de bébés aux plaies béantes. Ou encore un salarié de la chimie traité d'« assassin ». Ce chapelet de témoignages douloureux a installé hier une chape de plomb sur la salle d'audience, hier, lors du procès AZF, à Toulouse. En particulier, quand les endeuillés se sont présentés à la barre. Dignes, parfois au bord des larmes, tous ont raconté un cauchemar éveillé.

Alain Ratier était employé chez Otis. Le 21 septembre 2001, il réparait un monte-charge près du hangar 221 d'AZF. Et ce matin-là, son père a très vite compris qu'il ne reviendrait jamais du travail. Après la détonation, il a allumé la télé. « J'ai vu soudain un plan tout aussi insoutenable qu'éphémère, avec à l'écart un corps sans vie. Même combinaison, mêmes chaussures de sécurité... même mollets velus... » C'était son fils. Et pourtant Gérard Ratier a laissé son épouse préparer « le dernier repas de son enfant, plus par réflexe que par conviction ». Il est même parti avec un ami faire la tournée des hôpitaux. « Je veux rappeler que la jouissance boulimique du profit est dérisoire au regard de la vie. Surtout quand on la perd », a terminé ce père avant de quitter la barre dans un silence pesant.

Puis se sont présentés successivement Brice, Lucie et Annabelle Ledoussal, les enfants et l'épouse de Thierry, le responsable du service environnement de l'usine. Brice a dit comment ce jour-là, « l'innocence de l'enfance [l]'a quitté ». A 10 ans. Et surtout comment, en mars 2002, il a demandé de l'aide au PDG de Total, dans une lettre. « Je suis allé pendant des semaines et des mois à la boîte aux lettres », a-t-il rappelé. La réponse n'est jamais arrivée. ■