Les diseuses de bonne aventure gitanes ne sont plus à la bonne aux Saintes-Maries-de-la-Mer

VIE LOCALE Elles sont visées par un arrêté municipal qui interdit «la pratique de l’art divinatoire». Discriminatoire selon une association qui porte l’affaire devant la Halde...

M.Gr.

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Une bonne dizaine de milliers de gitans sont venus cette année aux Saintes-Maries-de-la-Mer pour vénérer leur sainte patronne, Sara, au cours de leur traditionnel pèlerinage.
Une bonne dizaine de milliers de gitans sont venus cette année aux Saintes-Maries-de-la-Mer pour vénérer leur sainte patronne, Sara, au cours de leur traditionnel pèlerinage. — Gérard Julien AFP

Elles lisent l’avenir dans les lignes de vos mains. Mais il est extrêmement difficile de prédire de quoi le leur sera fait. Les diseuses de bonne aventure sont des figures incontournables de Saintes-Maries-de-la-Mer, jolie cité médiévale de Camargue qui accueille chaque année un pèlerinage national des gens du voyage.

Mais elles sont désormais déclarées persona non grata par le maire de la ville, et ce malgré leur statut de «patrimoine», dixit une habitante. Roland Chassain, édile UMP, a pris un arrêté municipal interdisant «la pratique des arts divinatoires» dans le centre-ville en se basant sur la loi du 18 mars 2003: «Il y a de plus en plus d’abus et de plaintes de commerçants et de touristes. On peut tolérer 2, 4, 6 ou 8 diseuses, mais l’été, il y en a entre 15 et 20 . Certaines rackettent sur la voie publique, il y a de la mendicité, des vols, des agressions, on lance ‘‘tu seras atteint d’un cancer’’ au touriste qui n’est pas intéressé. Cela a tellement dégénéré qu’il y a eu une interpellation générale l’été dernier avec dossiers transmis au procureur et convocations devant le juge.»

«On joue au chat et à la souris»

Beaucoup de restaurateurs, de boutiquiers, les associations locales et même le curé ne seraient pas fâchés de les voir partir. Pour la mairie, cet arrêté est un coup de semonce. «Nous n’avons pas de problèmes avec les gens du voyage, mais seulement avec ce groupe de diseuses, explique Roland Chassain. Je les connais bien, cela fait 40 ans que je suis ici, 15 ans que je suis maire. On a déjà beaucoup discuté, je leur ai proposé d’aller exercer dans une caravane, à l’écart du centre-ville. Le but n’est pas de les poursuivre, mais qu’elles soient moins nombreuses.»

Ce texte n’a jusque-là jamais été appliqué. Les diseuses de bonne aventure ne sont pas inscrites à la Chambre de métiers, leur activité n'est pas reconnue. Elles n'existent donc pas administrativement... mais pas de quoi refroidir le maire : «Elles gagnent bien leur vie, elles peuvent faire entre 200 et 1.000 euros la journée l’été, elles ont des livrets à la banque et sont solvables. On peut donc les mettre à l’amende.»

Alors que la saison touristique approche, la police se met à multiplier les contrôles, au grand dam des diseuses, obligées de prendre leurs médailles et de déguerpir au plus vite. «On nous surveille, on joue au chat et à la souris», confie Cynthia.

La Halde se saisit du dossier

Pour se défendre, elles ont fait remonter l’information à l’Association nationale pour les gens du voyage catholiques, qui a écrit officiellement à la Halde. «Nous pensons que cet arrêté est discriminatoire, explique Marc Béziat, délégué général de l’asso. Il ne vise pas directement les diseuses de bonne aventure gitanes, mais dans les faits, il ne s’applique qu’à elles.» Le périmètre et les dates de l’arrêté sur l’art divinatoire ciblent effectivement les gitanes, et pas le festival de la voyance qui aura lieu cet été au relais culturel.

A la Halde, on reste pour le moment extrêmement réservé. «Nos juristes se penchent dessus pour voir s’il y a eu discrimination sur le critère de l’origine, vis-à-vis d’une communauté religieuse, explique-t-on. On n’a pas vraiment d’affaires similaires. Normalement, les cas que nous traitons avec les gens du voyage portent sur la carte d’identité, la scolarisation, les aires d’accueil.»

La décision ne sera pas rendue avant plusieurs semaines. L’été sera ombrageux. «A Saint-Tropez, il y a Brigitte Bardot et aux Saintes-Maries-de-la-Mer, il y a les Gitans. Nous sommes une institution», lance Nicole, 68 ans, chef-de-file autoproclamée du petit collectif de diseuses. «Nicole, je la connais bien, elle est Normande et pas Gitane», réplique le maire Chassain. 20minutes.fr prédit que le rabibochage n’est vraiment pas pour tout de suite.