« Allons sur place, nous verrons qui a raison »

Bastien Bonnefous

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« Cette reconstitution, il faut la faire à tout prix », estime Yvan Colonna. Hier après-midi, les débats à la cour d'assises spéciale de Paris, qui juge en appel le berger de Cargèse pour l'assassinat du préfet Erignac à Ajaccio le 6 février 1998, ont largement porté sur la demande par la défense d'une reconstitution. « Mesure d'évidence, naturelle et légitime » pour Me Gilles Simeoni ; disposition qui « s'impose sur le terrain du procès équitable », selon son confrère Patrick Maisonneuve.

La défense espère démontrer « l'incompatibilité radicale » entre la version des faits donnée par les témoins de l'assassinat, et celle livrée en garde à vue par Pierre Alessandri, un des membres du commando. Les premiers - neuf témoins dont cinq directs - signalent la présence de deux hommes autour du préfet ; le second soutient celle de trois hommes - lui-même, Alain Ferrandi et Yvan Colonna. Bravache, Me Antoine Sollacaro a, une fois encore, provoqué la cour, lançant : « Allons sur les lieux et nous verrons qui a raison ! » Les avocats de Colonna réclament une reconstitution avec « toutes les parties » : le commando et les témoins, ainsi que le balisticien et le légiste pour trancher le débat sur la taille du tireur. A ce jour, elle n'a jamais été possible, les six membres condamnés du commando s'y étant toujours opposés.

Pour les parties civiles, une telle démarche n'apporterait « aucun élément nouveau » par rapport au « transport sur les lieux » effectué par la cour d'assises lors du procès en première instance fin 2007. Au contraire, Philippe Lemaire, avocat de la famille Erignac, y voit « une grosse ficelle » pour gagner du temps. « Evitement, ficelle, gnagnagna... vous croyez que moi je veux gagner du temps ? », lui a répondu Yvan Colonna, détenu depuis quatre ans. Je n'ai pas peur, je suis blindé parce que je suis innocent et je vais le prouver », a conclu le berger. Réponse de la cour ce matin. ■