« Ce qui rappelle la catastrophe peut raviver la souffrance »

Recueilli par Béatrice Colin et Hélène Ménal, à Toulouse

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Le fait de donner la parole aux victimes à l'audience peut-il avoir des vertus thérapeutiques ?

Donner la parole à une personne dans un tribunal ne peut pas être considéré comme un soin. Cependant, je pense qu'il faut que ceux qui en ont envie puissent s'exprimer publiquement pour que la communauté reconnaisse les souffrances endurées. Aucune personne - victimes, témoins et familles exceptés - ne peut s'imaginer ce qu'ont vécu et ressenti les plus touchés. Il faut également respecter ceux qui ne peuvent ou ne souhaitent pas s'exprimer. Il n'y a pas de bonne ni de mauvaise réponse, toutes sont humaines.

A contrario, cela peut-il réveiller des traumatismes ?

Tout ce qui rappelle la catastrophe peut raviver la souffrance de ceux qui ont été traumatisés. Plus de sept ans après cet événement, certaines personnes ont pu recommencer, lentement et progressivement, à fonctionner comme avant, et auraient préféré que le procès ait lieu plus tôt. Elles ont peur que cette période les ébranle à nouveau, alors qu'elles sont arrivées à tourner la page.

Quels sont ceux qui perdurent encore ?

Ce sont, par ordre de fréquence : le syndrome psychotraumatique dont je viens de parler. Puis la dépression et, enfin, l'utilisation d'alcool, la consommation exagérée de médicaments, ou l'usage de drogues, pour essayer « d'endormir » les souvenirs vivaces répétitifs. En ce qui concerne le syndrome psychotraumatique, nous avons été très surpris d'observer que 40 % des blessés suivis souffraient encore de symptômes caractéristiques plus de six ans après la catastrophe. C'est un chiffre élevé que nous n'avons pas retrouvé dans d'autres études. ■