Pour le procureur, les époux Tiberi sont bien «complices» dans l'affaire des faux électeurs du 5e arrondissement

JUSTICE Il a requis contre Jean Tiberi 12 mois de prison avec sursis, 10.000 euros d'amende et 5 ans d'inéligibilité et de privation des droits civiques...

Magali Gruet

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Contrairement à ce qu'il affirme, Jean Tiberi avait "un réel intérêt politique" à organiser une fraude électorale dans le Ve arrondissement de Paris, ont affirmé mercredi les parties civiles, du simple électeur à l'ancienne opposante socialiste au maire du Ve.
Contrairement à ce qu'il affirme, Jean Tiberi avait "un réel intérêt politique" à organiser une fraude électorale dans le Ve arrondissement de Paris, ont affirmé mercredi les parties civiles, du simple électeur à l'ancienne opposante socialiste au maire du Ve. — Martin Bureau AFP

«Une brûlure qui se ressent encore quinze ans après» selon le parquet. Le procureur de la République estime que Jean Tiberi était «complice» dans l'affaire des faux électeurs du 5e arrondissement, qui est examinée jusqu'à mercredi devant la 16e chambre correctionnelle de Paris. «Monsieur Tiberi recevait à n'en pas douter des cartes frauduleuses à son domicile. Il a fictivement hébergé Mme X, jusqu'en 1997», a t-il assuré, évoquant «la mauvaise foi», «un cynisme tranquille» du maire UMP du 5e arrondissement devant le tribunal. Il demande au juge de le reconnaitre coupable et requiert 12 mois de prison avec sursis, 10.000 euros d'amende et 5 ans d'inéligibilité et de privation des droits civiques.

Xavière Tiberi, «celle qui connaissait le mieux ses électeurs, qui donnait l'ordre de ne pas procéder aux radations» est également visée, puisqu'il demande qu'elle soit reconnue coupable, évoquant «l'incroyable autorité de fait de Xavière Tiberi, accablée par les témoignages des fonctionnaires de la mairie.» Le procureur a demandé 10 mois de prison avec sursis, 5 000 euros d'amende et 5 ans d'inéligibilité et de privation des droits civiques.

«Le couple, en fin stratège, voudrait convaincre de l'imperméabilité de leur actions», a t-il commenté, illustrant la mise en avant de Xavière Tiberi dans cette affaire,

«Il n'y avait qu'un seul bras droit», Xavière

Anne-Marie Affret, première adjointe de la mairie du 5e qui occupe toujours cette fonction, «si elle a pu attendrir certaines parties civiles le charme n'agit pas de notre côté», lance le procureur, qui explique qu'elle s'est «murée dans le silence». «C'est elle le maillon faible, trop active ou trop imprutente, qui n'estime pas devoir toute la vérité au peuple dont elle brigue la confiance, préférant la loi du silence à la loi de la République. Elle était bien le bras de Jean Tiberi, mais le bras gauche. Il n'y avait qu'un seul bras droit», selon le procureur, en référence à Xavière Tiberi.

Il a également demandé au tribunal de reconnaitre coupables de complicité dans cette affaire la plupart des autres prévenus, des fonctionnaires - le chef du bureau des élections, des secrétaires... - . L'attitude de Raymond Nentien, ex secrétaire général de la mairie du 5e qui a avoué la fraude, ne l'a pas convaincu et le procureur a demandé qu'il soit aussi reconnu coupable. Il a toutefois évoqué «les circonstances atténuantes, les moyens de pression à son encontre d'Anne Marie Affret, la première adjointe, et de Xavière Tiberi». Seul le cas de Jean-Charles Bardon, maire RPR du 5e par intérim, de 1995 à 2001,lorsque Jean Tiberi était maire de Paris, a été laissé à l'appréciation du tribunal. «Ne faut-il pas le renvoyer à sa conscience?» a demandé le procureur.

Le jugement devrait être mis en délibéré mercredi soir, après plaidoiries de la partie civile et de la défense.