Les étoiles vont devoir se serrer la ceinture

GASTRONOMIE Le Guide Michelin, qui fête ses 100 ans, paraît ce lundi matin dans un climat miné par la crise...

Stéphane Leblanc

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AFPTV

Cent ans, ça se fête! Même si, en période de crise, la discrétion est de mise. Certains ont parié sur un millésime 2009 du Guide Michelin sans grand chambardement? A voir. Avant même l'annonce des nouvelles toques étoilées ce lundi matin, les dernières rumeurs ont regonflé les pronostics: Eric Fréchot, au Bristol (Paris, 8e), ne serait pas le seul nouveau trois-étoiles. Mathieu Viannay (lire son portrait ici) à la Mère Brazier (Lyon) et Gordon Ramsay au Trianon Palace (Versailles) obtiendraient non pas une, mais deux étoiles. Entre autres surprises possibles.

Une clientèle au régime minceur

Seule certitude: le Michelin sera moins sévère qu'à l'accoutumée afin de ne pas pénaliser une profession déjà durement touchée par la situation économique. Car si les étoiles glanées permettent généralement aux bénéficiaires de tirer leurs prix vers le haut, tous ceux que nous avons récemment interrogés ont juré leurs grands dieux qu'ils n'y toucheraient pas. Certains ont même anticipé en multipliant les opérations coup-de-poing destinées à faire revenir une clientèle soumise aux plans de rigueur et aux régimes minceur.

Comme Alain Ducasse (trois étoiles) qui propose cet hiver la truffe à prix coûtant ou Hélène Darroze (deux étoiles à Paris) qui baisse son plateau gourmand de 32 à 25 euros. Quant au menu «CAC 40» du Mori Venice Bar (Paris, 2e), qui évolue en fonction des cours de la Bourse, il stagne depuis plusieurs mois à 34 euros.

Mais les mesures les plus impressionnantes sont l'oeuvre des petits, de ceux qui n'ont pas la tête dans les étoiles, mais les pieds et les mains dans le pétrin: le Bistrot de Saint-Paul, à Lyon, qui invente le menu à prix libre - on laisse ce qu'on veut -, ou le Cercle des Amis Réunis, à Langon (33), qui propose un menu à 5 euros.

On n'est plus très loin du record de la cidrerie Dario's et de son menu à un 1 euro. C'est à Gijon, dans le nord de l'Espagne, le pays d'Europe le plus touché par la crise. 

DES CHEFS ÉPUISÉS On l’attend moins sévère. On l’espère surtout moins injuste. A ce titre, Eric Guérin, de la Mare aux Oiseaux (Saint-Joachim, 44), retrouverait son étoile retirée l’an dernier. Tant mieux. Mais si le Michelin est
critiqué pour son conservatisme ou ses prises de position, il ne souffre d’aucun déficit de crédibilité. Et si Olivier Roellinger (lire son interview sur E24.fr) ou Marc Veyrat ont fini par jeter l’éponge, épuisés, bien des chefs continuent de déployer toute leur énergie dans cette course aux étoiles.