L'affaire Pérol, une vieille pratique arrangée à la sauce Sarkozy

DECRYPTAGE Pour les uns, c'est une tradition qui date de Giscard, les autres dénoncent la constitution d'un «réseau oligarchirque» par Nicolas Sarkozy...

Julien Ménielle

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Nicolas Sarkozy a proposé mercredi aux partenaires sociaux de porter à 75% du salaire brut l'indemnisation des salariés au chômage partiel, selon son intervention lors du sommet social réuni à l'Elysée rendue publique par la présidence de la République.
Nicolas Sarkozy a proposé mercredi aux partenaires sociaux de porter à 75% du salaire brut l'indemnisation des salariés au chômage partiel, selon son intervention lors du sommet social réuni à l'Elysée rendue publique par la présidence de la République. — Benoit Tessier AFP/Archives

En nommant un de ses lieutenants à la tête du groupe Caisse d'épargne/Banque populaire, dont il avait lui-même piloté la fusion, Nicolas Sarkozy a déclenché une nouvelle polémique. Pourtant, le chef de l'Etat n'en est pas à son coup d'essai. Depuis 2007, il a placé de nombreux proches à des postes-clés.

Dès mai 2007, le président fraîchement élu a nommé son ami d'enfance Frédéric Péchenard directeur général de la police nationale. Le mois suivant, c'est Bernard Squarcini, un autre ami de Nicolas Sarkozy, qui prenait la tête de la DST (lire encadré). «Aux Etats-Unis, tout le monde fait ses cartons dès la prestation de serment», note Michel Lascombe, spécialiste en droit constitutionnel contacté par 20minutes.fr.

Une tendance qui date de Giscard

«Cette vision à l'américaine, c'est celle de Sarkozy», renchérit son confrère constitutionnaliste Pierre Avril. Mais le fait de placer des proches au pouvoir ne date pas de mai 2007, ajoute-t-il. Selon lui, «la mise en place de ces "spoil systems" à la française date de Giscard». Les deux spécialistes s'accordent à dire que la tendance s'est confirmée «sous Mitterrand puis sous Chirac».

C'est donc la relation de Nicolas Sarkozy avec les médias qui rendrait la pratique plus visible. Et «dans l'affaire Pérol, sur la base du droit, on ne peut rien lui reprocher», estime Michel Lascombe. «Combien de temps encore va-t-on prétendre que nous sommes dans un Etat de droit?», s'emporte Serge Portelli.

Le vice-président du tribunal de grande instance de Paris, joint par 20minutes.fr, dénonce la constitution d'un «réseau oligarchirque» et d'un «Etat-pyramide». Au sommet de l'édifice, «Sarkozy et son réseau de copains» et en dessous, «une bande de fonctionnaires qui tremblent de peur». Car pour le magistrat, au-delà des nominations, «les révocations posent questions».

La valse des préfets

«En deux ans, la valse des préfets est impressionnante», rappelle Serge Portelli, déplorant le climat instauré. Michel Lascombe confirme que c'est de ce côté qu'il faut chercher la nouveauté, et annonce le prochain test avec la nomination du président de France Télévisions. «Pour l'instant, on n'a aucune idée de la façon dont auront lieu les auditions, remarque-t-il, mais il sera intéressant de voir si elles sont publiques ou non.»

Si pour Pierre Avril, «il n'y a pas rupture» en matière de nominations, Serge Portelli annonce que le mouvement va se poursuivre, «notamment en matière de révocation chez les hauts fonctionnaires». Et Pierre Avril de conclure: «Il y a chez Nicolas Sarkozy une contradiction entre son désir de faire ce qu'il veut, en pratique, et sa volonté de transparence, en théorie. Au final, ce qui est transparent, c'est qu'il fait ce qu'il veut.»

Les nominations polémiques sous Sarkozy

Mai 2007
Frédéric Péchenard, ami d'enfance de Sarkozy, nommé directeur général de la police nationale.

Mai 2007 Laurent Solly, ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy place Bauveau et directeur adjoint de son équipe de campagne pour la présidentielle, devient n°2 de TF1, comme adjoint du nouveau PDG Nonce Paolini.

Juin 2007 Bernard Squarcini, proche de Sarkozy, nommé à la tête de la DST

Février 2008 Christine Ockrent, épouse du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, est nommée à la direction de France Monde

Juin 2008 Nicolas Sarkozy propose que le président de France Télévision soit nommé par l'Elysée

Octobre 2008 Pierre Mariani, ancien directeur de Sarkozy cabinet au ministère du Budget se définissant comme un «sarkozyste, tendance canal historique», prend la direction exécutive de la banque franco-belge Dexia.

Janvier 2009 Nathalie Kosciusko-Morizet nommée secrétaire d'Etat à l'Economie numérique alors que son frère Pierre est patron du site de vente en ligne Price Minister, président de l'Association de l'Economie numérique et co-président de l'Association des services Internet communautaires.