Cinq surveillants de prison contaminés par un détenu tuberculeux à Villepinte

POLEMIQUE Pour l'OIP et FO pénitentiaire, il ne s'agit pas de cas isolés...

Julien Ménielle

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Des gardiens à la maison d'arrêt de Villepinte, le 28 mai 2008.
Des gardiens à la maison d'arrêt de Villepinte, le 28 mai 2008. — WITT / SIPA

Cinq surveillants de la maison d'arrêt de Villepinte (Seine-Saint-Denis) ont été contaminés au bacille de Koch, le germe de la tuberculose, par un détenu. L'annonce faite par l'Administration pénitentiaire (AP) suscite la polémique, l'Observatoire international des prisons (OIP) dénonçant un «phénomène récurrent depuis des années».

Selon le directeur de la maison d'arrêt de Villepinte, le détenu a été transféré à l'hôpital pénitentiaire de Fresnes dès que l'AP a su qu'il était porteur du germe. En provenance d'un centre de semi-liberté, «sa maladie a été découverte à l'occasion de son "circuit arrivant"», a confirmé à 20minutes.fr un représentant de l'Union fédérale autonome pénitentiaire (Ufap).

«Promiscuité et surpopulation»

Soucieux de «ne pas créer la panique chez les surveillants et les détenus», le syndicaliste n'a pas souhaité s'exprimer davantage sur l'affaire, au sujet de laquelle il n'a pour l'heure «que peu d'informations». Son confrère Christophe Marques est moins frileux. Le secrétaire général de FO-Pénitentiaire a qualifié la situation de «scandale sanitaire», alors qu'une «circulaire ambitieuse» sur la tuberculose a été diffusée en 2007 mais «n'est pas appliquée sur le terrain faute de moyens budgétaires».

En cause, pour l'OIP, «la promiscuité et la surpopulation» dans les prisons. L'organisme explique que tout détenu entrant fait l'objet d'un dépistage obligatoire de la tuberculose et «selon les établissements, soit c'est fait dans la semaine ou les 10 jours, soit il faut atteindre 120 jours comme à Villepinte», raconte François Bès, coordinateur régional Ile-de-France de l'OIP.

Des délais de prise en charge médicale trop longs

«Mais des détenus qui font des peines de quinze jours ou trois semaines passent entre les mailles», ajoute-t-il. La solution, selon lui: «revenir à un prisonnier, une place» donc «incarcérer moins». Le médecin responsable de la prison de Villepinte confirme que «les délais de prise en charge sont difficiles à tenir». Contacté par 20minutes.fr, le docteur Ludovic Levasseur raconte d'ailleurs que «l'attention a été attirée en 2006 sur la tuberculose», mais qu'il «faut aller plus loin» dans les efforts consentis.

Selon lui, cependant, pas lieu de s'alarmer dans le cas présent. «La procédure d'enquête a été menée normalement», estime-t-il. Les surveillants touchés par une «infection tuberculeuse latente», c'est-à-dire porteurs sains du germe, bénéficient d'un traitement préventif et aucun autre détenu n'est positif. L'OIP, cependant, prévient que le phénomène «touche aussi d'autres problèmes de santé comme la gale, les parasites», et «ne s'attend pas à une inflexion».