Troisième nuit agitée en perspective en Martinique, le préfet lance un «appel solennel» à rester chez soi après 19 heures

CONFLIT SOCIAL Après une nuit marqué par des scènes de braquages, pillages et incendies volontaires...

J.M. avec agence

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Le préfet de Martinique Ange Mancini, ici avec Yves Jégo, a lancé publiquement jeudi «un appel solennel» à la population pour qu'elle ne sorte pas «sans motif valable» après 19 heures, affirmant toutefois qu'il ne s'agissait pas d'un couvre-feu.
Le préfet de Martinique Ange Mancini, ici avec Yves Jégo, a lancé publiquement jeudi «un appel solennel» à la population pour qu'elle ne sorte pas «sans motif valable» après 19 heures, affirmant toutefois qu'il ne s'agissait pas d'un couvre-feu. — Thomas Coex AFP/Archives

La peur d'une troisième nuit de violences. Le préfet Ange Mancini a lancé publiquement ce jeudi «un appel solennel» à la population pour qu'elle ne sorte pas «sans motif valable» après 19 heures. Même si cela y ressemble, il affirme toutefois qu'il ne s'agit pas d'un couvre-feu.

«Si cela continue comme cela, il va y avoir un drame», a averti Mancini, après deux nuits marquées par de graves incidents. Il a fait état d'une situation «extrêmement grave», à l'occasion d'une conférence de presse conjointe avec le procureur général de Fort-de-France, Jean-Michel Durand, et les responsables régionaux des forces de l'ordre. Il a aussi lancé un appel solennel au collectif du 5 février pour lui demander de «suspendre» les barrages et les blocages des zones industrielles mis en place depuis le début du conflit.

Déjà 390 militaires déployés


Autre mesure, deux escadrons de gendarmerie mobile (EGM) supplémentaires ont été envoyés ce jeudi en Martinique.
Ces renforts sont appelés «pour protéger les Martiniquais des délinquants qui les menacent en incendiant, en pillant et en n'hésitant pas à utiliser des armes comme on l'a vu ces deux dernières nuits», a précisé le ministère de l'Intérieur. Au total avec ces renforts, ce sont six escadrons et 390 militaires qui sont déployés en Martinique depuis le début de la crise.

Plusieurs élus martiniquais, dont les présidents des conseils régional Alfred Marie-Jeanne (indépendantiste) et général Claude Lise (sénateur app-PS), ont appelé ce jeudi les négociateurs à trouver «dès aujourd'hui» une issue au conflit social. Serge Letchimy, député-maire de Fort-de-France, a lancé jeudi matin sur la radio RCI un appel d’urgence pour qu'un accord soit trouvé dans les 24-48 heures sur les prix et les salaires en Martinique. Il craint «l’embrasement général»

Jégo dénonce l'annulation du carnaval

Yves Jégo, lui, a émis l'hypothèse que ces flambées de violence étaient dues à l'annulation du carnaval de Fort-de-France. «Je pense que Serge Letchimy n'aurait pas dû annuler le carnaval et que sans doute certains jeunes voyous ont profité d'une situation de tension, ils ont peut-être profité de l'annulation du carnaval pour s'adonner à des actes parfaitement inacceptables», a déclaré le secrétaire d'Etat sur France 3.

Fort-de-France a été le théâtre de violences importantes. Des bandes de jeunes casseurs se sont livrées à de nombreuses exactions dans la ville, auxquelles les forces de l'ordre ont répliqué par des tirs de grenades lacrymogènes. Cinq heures après le début des événements, ce jeudi vers 2h30 (7h30 à Paris), le calme n'était toujours pas revenu.

>>> Le retour sur cinq semaines de conflit aux Antilles, c'est par ici.

Selon des témoignages recueillis sur les ondes de RCI, un immeuble abritant notamment les locaux de la Sacem et un cybercafé a été particulièrement visé. Plusieurs personnes racontent également que des groupes de jeunes armés ont braqué des automobilistes à l'aide de fusil à pompe ou à canon scié, avant de leur voler leur voiture.

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En deux nuits, une cinquantaine de commerces ont été pillés, quinze véhicules ont été incendiés, trois gendarmes et neuf policiers blessés, dont deux atteints par balle. Vingt-huit personnes ont été interpellées la première nuit des violences, soixante-sept la seconde. De la même façon, cinq coups de feu ont été tirés la première nuit et vingt-deux la suivante.

Selon un responsable de la sécurité de la ville, une voiture a également été incendiée aux abords du boulevard du Général de Gaulle. L'accès au centre ville de Fort-de-France était par ailleurs rendu très difficile en raison de certains barrages érigés par les casseurs et des controles de police. Plusieurs interpellations ont déjà eu lieu.

Trois semaines de mouvement - La grève générale a été lancée le 5 février dernier, près de quinze jours après la Guadeloupe. Le «collectif du 5 février» réclame une hausse de près de 450 euros pour les bas salaires. Il a d’abord obtenu gain de cause sur une autre revendication: la baisse de 20% de 100 produits de première nécessité. Selon le collectif, «70.000 Martiniquais vivent en dessous du seuil de pauvreté et le pouvoir d'achat ne cesse de diminuer».