Face à Colonna, Colombani n'a «toujours pas le déclic»

JUSTICE A la barre, le témoin a affirmé ne pas reconnaître en Colonna l'homme qu'il a vu assassiner le préfet Erignac...

Bastien Bonnefous

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Didier Vinolas, ancien secrétaire général du préfet de Corse Claude Erignac, en poste en 1998 lors de son assassinat, a fait vendredi soir des révélations devant les magistrats chargés de juger l'assassin présumé du préfet.
Didier Vinolas, ancien secrétaire général du préfet de Corse Claude Erignac, en poste en 1998 lors de son assassinat, a fait vendredi soir des révélations devant les magistrats chargés de juger l'assassin présumé du préfet. — Benoit Peyrucq AFP/Archives

Joseph Colombani a 60 ans, mais en paraît dix de plus. La vie a réservé à cet élégant inspecteur général à la collectivité territoriale de Corse «le redoutable et triste privilège d'être le témoin de l'assassinat de Claude Erignac». Attendant le préfet à un concert auquel il l'avait invité, il a assisté à distance à son exécution, à Ajaccio le soir du 6 février 1998.

Mercredi, la voix émue, Joseph Colombani s'est souvenu devant la cour d'assises spéciale de Paris. «Cette scène est toujours là onze ans après, 4 000 jours après.» Pendant trente minutes, il a décrit avec minutie l'assassinat qui n'a duré que quelques secondes : la victime, qu'il ne reconnaît pas, les deux hommes sur le trottoir, les détonations, Erignac qui s'écroule, et le tireur qui l'achève de deux balles.

Le «témoin idéal»

Interrogé sur Yvan Colonna, il déclare lentement: «Je l'ai vu la première fois à la télévision (en 1999, après l'arrestation du commando qui l'accuse). En mon âme et conscience, je n'ai pas vu l'homme dont j'avais gardé le souvenir achevant Claude Erignac. Il n'y a pas eu le déclic.» Puis, se tournant vers l'accusé, il ajoute: «Il n'y a toujours pas ce déclic.» En première instance, Joseph Colombani avait eu les mêmes mots, mais compte tenu du climat de ce procès en appel, il sait qu'ils prennent aujourd'hui un autre sens, même s'ils n'innocentent pas Colonna.

Alors, à l'attention de la famille Erignac, il précise : «Ce que je dis est difficile à entendre, mais Claude Erignac me parlait souvent de morale. Je ne me suis laissé influencer par personne, je suis un homme libre, un homme honnête.» «Vous vous décrivez donc comme un témoin idéal», lui répond assez sournoisement le président Wacogne. Dominique Erignac, elle, refuse de le regarder.