le parachutage de Pérol est programmé quoi qu'il arrive

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Peu importe la polémique. Peu importe l'avis de la commission de déontologie, qui n'est pas saisie officiellement. François Pérol prendra la tête du groupe bancaire issu de la fusion entre la Caisse d'Epargne et la Banque populaire. Et la décision a été actée hier soir. L'actuel président du directoire de la Caisse d'Epargne et celui du groupe Banque populaire ont prévu de démissionner aujourd'hui pour laisser la place libre.

Du côté de l'Elysée, on estimait hier qu'il n'y avait plus aucun obstacle à cette nomination après la réponse du président de la commission de déontologie de la fonction publique : « Nous devions prendre une décision rapidement alors que la commission ne pouvait se réunir en urgence. C'est pour cela que Claude Guéant a demandé l'avis du président de la commission. »

Du coup, y a-t-il encore besoin de saisir cette fameuse commission chargée de se prononcer sur d'éventuels conflits d'intérêts pour des fonctionnaires souhaitant aller dans le privé ? « Ça sera aux banques concernées de le faire si elles l'estiment vraiment nécessaire, mais je ne pense pas qu'elles le feront vu la position du président de la commission... », estime un proche de Nicolas Sarkozy. On voit mal, effectivement, la direction de la banque saisir la commission alors que François Pérol est déjà installé dans le fauteuil du patron. D'une manière générale, ce ne sont pas les compétences de François Pérol qui sont remises en cause, mais son influence sur la fusion des deux banques alors même qu'il était secrétaire général adjoint de l'Elysée.

Des soupçons d'autant plus prégnants que l'Etat pourrait prendre, à terme, 20 % du capital du groupe bancaire. « François Pérol a piloté lui-même dans son bureau le bras de fer pour obliger les Banques populaires et les Caisses d'Epargne à fusionner, a expliqué François Bayrou. Et pourquoi sont-elles amenées à fusionner ? Parce qu'elles sont plombées par une aventure bancaire qui s'appelle Natixis. Et qui est celui qui a conseillé le montage de Natixis ? C'est M. Pérol. » Du côté des défenseurs de François Pérol, on assure que l'intéressé n'est intervenu que sur le montage juridique de Natixis. Et concernant la fusion, il n'a pas eu d'autorité directe, ni exercé de mission de contrôle ou de surveillance dans le dossier Caisse d'Epargne-Banque populaire, des fonctions qui, selon les termes de la loi, interdisent à un agent public de rejoindre une entreprise privée. Pas de problème de conflit d'intérêt donc, selon l'Elysée. Claude Guéant précise que l'accord écrit donné par le président de la commission de déontologie est fondé sur le fait qu'en tant que membre d'un cabinet, François Pérol n'exerçait « pas de pouvoirs directs » à l'égard de « quelque instance que ce soit ». ■ D. C.