Pointe-à-Pitre commence à reprendre forme urbaine

GUADELOUPE Cela fait 5 jours que les poubelles n'avaient pas été ramassées. Une entreprise privée débarrasse (un peu) la ville de ses déchets. De notre envoyée spéciale.

Laure de Charette, à Pointe-à-Pitre

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Si les bateaux, voitures et poteaux électriques restent en travers des routes, des éboueurs du privé ont pu commencer vendredi à libérer Pointe-à-Pitre de ses piles de gravats accumulés au fil du mois. 
Si les bateaux, voitures et poteaux électriques restent en travers des routes, des éboueurs du privé ont pu commencer vendredi à libérer Pointe-à-Pitre de ses piles de gravats accumulés au fil du mois.  — Laure de Charette / 20 Minutes

Les passants s’arrêtent pour les regarder. Deux jeunes éboueurs, portant des gants et un masque jaune fluo sur la bouche, empoignent à pleines mains les monceaux de détritus pourris, de cageots puants infestés de mouches et où grouillent de gros rats la nuit.

Entre solidarité et obligation sanitaire

Leurs gestes, d’ordinaire invisibles, sont cette fois salués. Cela fait cinq jours que les 26.000 habitants de Pointe-à-Pitre, capitale économique de la Guadeloupe, n’ont pas été libérés de leurs poubelles, et un mois qu’aucun nettoyage n’a pu être effectué, à cause de la grève générale. La benne à ordures doit s’arrêter plusieurs minutes tous les dix mètres, le temps de charger les piles de gravats accumulés au pied des habitations, dans les jardins publics, sans oublier ceux stockés au beau milieu de la chaussée et qui étaient destinés à barrer la route aux voitures.

«Les éboueurs municipaux étant toujours en grève totale, j’ai à nouveau fait appel à une société privée, pour assurer un minimum de conditions sanitaires et dégager les grands axes», explique Jacques Bangou, le maire de la ville. La saleté, la puanteur liée à la chaleur étouffante en journée et les risques de maladie étaient tels que les membres du LKP l’ont laissé faire. Pourtant, ceux qui tentent de travailler sur l’île sont vus d’un mauvais œil, et régulièrement rappelés à l’ordre par la population ou le LKP. La solidarité dans la lutte contre la vie chère et la pwofitation (exploitation) exige l’arrêt total de toute activité.

L'art de contourner les voitures

«Le centre de récolte des déchets étant barricadé par les grévistes depuis le début du mouvement, nous avons stocké les déchets sur des terrains vague en périphérie de la ville, dans des containers qui ont vite saturé», poursuit l’élu proche du Parti socialiste. Ils attendent toujours d’être enfouis.

Quant aux centaines de voitures calcinées, retournées, qui ont élu domicile sur les ronds-points, en pleine rocade ou sous les ponts, il faudra des jours, voire des semaines pour les enlever. Les conducteurs avisés savent désormais parfaitement les contourner, en prenant la route en sens inverse, et en escaladant le trottoir boueux. Les autres font demi-tour, créant des bouchons à chaque intersection.

Un habitant évoque «un spectacle de désolation» qui lui «fend le cœur», même s’il précise immédiatement que «c’est pour la bonne cause». La tâche des employés municipaux chargés de remettre en état la ville, et par extension, l’île, s’annonce immense. Après le silence des journées mortes, le bruit des tractopelles donnera le la de la reprise du cours de la vie. Mais quand?