Les syndicats à l'épreuve de la négociation

SOCIAL Ils ont réussi à mobiliser les Français, mais doivent se montrer à la hauteur des attentes qu'ils ont suscitées...

Julien Ménielle

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Tous les syndicats du pays, soutenus par l'opposition socialiste, appelaient les salariés des secteurs public et privé à une grève nationale et à des manifestations pour la défense des salaires et des services publics. Ils cherchaient à sanctionner dans la rue la politique économique du président, en particulier depuis le début de la crise économique.
Tous les syndicats du pays, soutenus par l'opposition socialiste, appelaient les salariés des secteurs public et privé à une grève nationale et à des manifestations pour la défense des salaires et des services publics. Ils cherchaient à sanctionner dans la rue la politique économique du président, en particulier depuis le début de la crise économique. — Bertrand Guay AFP

Si le gouvernement est attendu au tournant à l'occasion du sommet social, les syndicats aussi ont une carte à jouer. Les organisations ont réussi le pari de la mobilisation, le 29 janvier dernier, mais doivent maintenant obtenir du concret pour rester crédibles. Et l'unité dont ils ont fait preuve dans cet exercice doit aussi être preservée.

«Diviser pour mieux régner»

«Ils risquent de ressortir avec peu de grain à moudre», prédit Stéphane Sirot, historien et spécialiste des mouvements sociaux. Selon lui, «le gouvernement ne bougera pas sur l'emploi public, et les annonces sur le pouvoir d'achat devraient être limitées». Et il sera difficile de contenter l'opinion avec quelques annonces, vu le mouvement massif qui a émergé.

Pour Dominique Andolfatto, maître de conférences à Nancy-Université et co-auteur de l'«Histoire des Syndicats» (Seuil), le gouvernement pourrait cependant «lâcher un peu de lest». Mais les différentes organisations ont leurs revendications bien à elles, derrière lesquelles «on retrouve bien les différentes identités syndicales». Et si Stéphane Sirot croit déceler «une volonté de maintenir l'unité le plus longtemps possible», il n'exclut pas que le gouvernement ait recours à «la stratégie du "diviser pour mieux régner"».

Ne pas «mettre le feu aux poudres»

Le risque pour les syndicats serait d'en revenir au «double front traditionnel» avec les durs d'un côté et les plus souples d'un autre. Mais après le 29 janvier, «les syndicats souhaitent évidemment maintenir la pression», estime Dominique Andolfatto. Et la perspective du 19 mars leur permet de rester unis autour d'un objectif. «Pour autant, les grandes confédérations n'ont sans doute pas très envie de se déclencher un grand mouvement incontrôlable», prévient Stéphane Sirot.

Selon l'historien, les syndicats craignent autant que le gouvernement «la situation sociale pesante», dans laquelle un petit rien «pourrait mettre les feu au poudre, comme récemment en Grèce, voire aux Antilles». «Les syndicats soupèseront donc bien les propositions du gouvernement avant de se lancer dans un nouveau mouvement», estime de son côté Dominique Andolfatto. Et pour son confrère, si dans son allocution, «Nicolas Sarkozy se contente encore de dire "je n'ai rien à dire"», les confédérations auront bien du mal à expliquer pourquoi ils ont si peu obtenu.