Nicolas Sarkozy crée un Conseil interministériel de l'Outre-mer

CRISE Alors que la grève générale s'éternise aux Antilles et éclate à la Réunion...

Avec agence

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Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi à Basse-Terre, où les négociations entre le patronat et le Lyiannaj kont pwofitasyon (LKP), à l'origine de la grève générale qui affecte la Guadeloupe depuis le 20 janvier, se poursuivent pour tenter de trouver un accord sur une augmentation salariale.
Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi à Basse-Terre, où les négociations entre le patronat et le Lyiannaj kont pwofitasyon (LKP), à l'origine de la grève générale qui affecte la Guadeloupe depuis le 20 janvier, se poursuivent pour tenter de trouver un accord sur une augmentation salariale. — Julien Tack AFP/Archives
Cela s'appelle une reprise à main. Nicolas Sarkozy a annoncé vendredi en conseil des ministres la mise en place «sans délai» d'un Conseil interministériel de l'Outre-mer, après 24 jours de grève générale en Guadeloupe, et neuf en Martinique, selon le texte de son intervention publié par l'Elysée.

«Cette crise sociale aux Antilles doit nous interpeller collectivement, c'est pour cette raison que je souhaite que l'on mette en place, comme je m'y étais engagé pendant la campagne présidentielle, un conseil interministériel de l'Outre-mer, sans délai», a déclaré le chef de l'Etat devant
le gouvernement. «Ce conseil se réunira, dans les prochains mois, pour faire des propositions sur la rénovation de la politique menée par l'Etat en Outre-mer».

«La société antillaise a le sentiment aujourd'hui qu'elle n'est pas entendue»

Nicolas Sarkozy a insisté: «Plus que jamais, l'Etat doit être juste, il n'est au service d'aucun groupe, d'aucune catégorie sociale, la société antillaise a le sentiment aujourd'hui qu'elle n'est pas entendue. Nous devons continuer à nous battre, tous les jours, pour que la République fasse une plus grande place à tous ceux qui incarnent la diversité de la France».

Reconnaissant que la crise sociale en Guadeloupe et en Martinique traduit «au-delà de la question du pouvoir d'achat, un problème plus profond de société», le président a souligné la nécessité de promouvoir un développement qui «doit s'accompagner d'une meilleure répartition des richesses».

«Il ne peut y avoir de société à deux vitesses où une catégorie sociale progresse alors qu'une autre stagnerait et resterait dépendante des prestations sociales», a-t-il ajouté, faisant allusion aux grévistes qui dénoncent le pouvoir des familles de blancs créoles (les «békés»). Patricia Braflan-Trobo a longuement expliqué à 20minutes.fr cette société bipolaire.

«La meilleure répartition des richesses» sera abordée le 18 février lors de la table-ronde prévue à l'Elysée avec les partenaires sociaux, car «elle revêt une importance toute particulière en Outre-mer» selon Sarkozy.

Les soucis de Jégo

Le chef de l'Etat s'empare ainsi du dossier au moment où Yves Jégo n'y a jamais autant été empêtré. Le LKP, le collectif qui a lancé la grève générale, a quitté jeudi matin les négociations avec les deux médiateurs de la République qui escortait Jégo en Outre-mer. Et le patronat guadeloupéen le presse de l'autre côté, il veut que l'Etat rajoute au pot pour régler le conflit. Ce qui n'est pas du tout du goût de François Fillon...

«Je n'ai jamais fait de promesses sur les salaires et je défie quiconque de trouver un écrit ou un enregistrement qui prouverait le contraire», se défend ainsi Jégo dans l'édition du «Monde» datée du samedi 14 février.

«Quand on est en crise, après vingt-deux jours de blocage, je ne veux pas croire que tous les partenaires n'ont pas quelque chose à proposer. Le gouvernement l'a fait, les collectivités locales aussi. Il faut que les organisations patronales proposent quelque chose au regard des problèmes qui les concernent, c'est-à-dire les salaires», avance le secrétaire d'Etat, depuis Paris. Qui vient aussi d'annoncer qu'il n'avait pas programmé de revenir dans les «heures qui viennent» aux Antilles, pas vraiment une home sweet home pour ce ministre fortement contesté sur l'île.