La culture des OGM toujours suspendue, la polémique non

David Carzon

— 

Une fuite qui survient à un moment particulier. Dans son édition d'hier matin, Le Figaro révélait un avis - en attente de publication - de l'Agence française de la sécurité sanitaire des aliments (Afssa) assurant que le maïs génétiquement modifié du semencier américain Monsanto ne présente pas de danger pour la santé humaine. Du coup, cet avis a été très officiellement publié dans la matinée. Etrange coïncidence, cette affaire intervient alors que le gouvernement doit défendre, lundi, la clause de sauvegarde empêchant sa culture en France devant la Commission européenne. Des écologistes y voient la patte du lobby pro-OGM. Mais pour le moment, la France reste sur ses positions : « Nous maintenons la suspension de la culture, en attendant une décision de la Commission européenne. La décision a été prise en vertu du principe de précaution au regard des risques potentiels sur l'environnement en matière de dissémination pour les cultures non OGM », a expliqué hier François Fillon. Pour Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, l'avis de l'Afssa « ne change en rien la position de la France : c'est comme si on se basait sur l'avis d'un dentiste pour soigner une fracture du bras ».

Sur le plan scientifique, la polémique est repartie de plus belle, puisque les conclusions de l'Afssa vont à l'encontre de celles du professeur Le Maho, mandaté par le ministère de l'Environnement, qui demandait l'application du principe de précaution. Selon lui, il est à ce jour « impossible de conclure à l'innocuité » du MON 810 pour la santé et l'environnement : « Les recherches doivent absolument se poursuivre. Il s'agit d'une science bien étudiée au plan de la biologie moléculaire, mais il n'existe pas son pendant scientifique au plan sanitaire et environnemental. » Du côté des associations, comme France Nature Environnement, on dénonce un avis « politique et pas scientifique ». ■