Procès Colonna: la taille du tireur fait débat

JUSTICE Comme quinze mois plus tôt, le médecin légiste sème le doute...

Bastien Bonnefous

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L'indépendantiste corse Yvan Colonna, jugé en appel pour l'assassinat du préfet Claude Erignac en 1998, a de nouveau clamé son innocence en affirmant jeudi devant la cour d'assises spéciale à Paris qu'il n'avait "rien à voir" avec les faits.
L'indépendantiste corse Yvan Colonna, jugé en appel pour l'assassinat du préfet Claude Erignac en 1998, a de nouveau clamé son innocence en affirmant jeudi devant la cour d'assises spéciale à Paris qu'il n'avait "rien à voir" avec les faits. — Benoit Peyrucq AFP/Archives

Les débats, hier, au procès en appel d'Yvan Colonna, pour l'assassinat du préfet Erignac à Ajaccio le 6 février 1998, ont furieusement rappelé ceux tenus il y a quinze mois lors du premier procès.

D'abord, les membres de la famille Erignac se sont succédé à la barre pour lui rendre hommage. Charles-Antoine, son fils de 31 ans, évoque «le père attentif et doux». Christophine, sa fille de 35 ans, affirme «être encore debout», onze ans après sa mort, «pour que justice lui soit rendue». Enfin, Dominique, la veuve du préfet, lance, digne et sans un regard pour le berger : «L'honneur corse, où est-il ? Je ne le rencontre pas ici.»

La défense émasculée

Ensuite, le rapport du médecin légiste a fait polémique. Comme en première instance, Paul Marcaggi a jeté un doute sur la taille réelle du tireur qui a abattu, par derrière, de trois balles dans la tête, le préfet Erignac. L'expert avance trois éléments «indiscutables»: la «scène de crime montante», située dans une rue légèrement en côte à Ajaccio, la «victime de grande taille» - le préfet mesurait 1,81 m - et surtout, «les trois orifices d'entrée de balles tous perpendiculaires» au corps. Moralité: «Le tireur pourrait être de la même taille que la victime.»

Gênant, quand Colonna mesure 1,71 m. Mais Paul Marcaggi est légiste, et non balisticien, et donc non-habilité à tirer ce type de conclusions, rappelle l'accusation. «Vous émasculez la défense! Cette fois-ci, nous ne nous laisserons pas faire!», tonne alors Antoine Sollacaro, un des avocats de Colonna. Maladroit, l'avocat général, Yves Jeannier, tente de clore le sujet, mais lâche une bombe en disant : «Finalement, de la scène de crime, on ne connaît rien!» Ah bon?

>>> Les grandes dates du premier procès, c'est par ici