Jérôme Kerviel: «J'aurais bien aimé qu'on me dise "arrête tes conneries, ça va mal se passer"»

JUSTICE Le trader de la Société générale raconte son histoire par le menu...

J.M. avec agence

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Fraude Madoff, affaire Kerviel, pratiques anticoncurrentielles, la triche est au coeur du monde économique, n'épargnant aucun secteur, mais reste difficile à chiffrer et à prévenir.
Fraude Madoff, affaire Kerviel, pratiques anticoncurrentielles, la triche est au coeur du monde économique, n'épargnant aucun secteur, mais reste difficile à chiffrer et à prévenir. — Joël Saget AFP/Archives

Jérôme Kerviel vide son sac. Le trader, mis en examen pour des falsifications ayant fait perdre 4,9 milliards d'euros à la Société générale, a expliqué ce vendredi dans un entretien à RTL s'être «laissé emballer par tout un système».

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«Je reconnais avoir été trop loin, avoir pris des positions importantes. Il y a une certaine déconnexion de la réalité à un moment donné. Les chiffres ne veulent plus réellement dire grand-chose (...) Je me suis laissé entraîner dans une spirale autoalimentée, sur laquelle mes supérieurs mettaient de l'huile pour que ça tourne à plein régime», plaide l'homme de 32 ans.

«A aucun moment on m'a dit "stop"»


S'il reconnaît volontiers, et à plusieurs reprises avoir «fait des bêtises», il maintient n'avoir pu agir de la sorte «que parce que la banque [l'] a laissé faire et [l'] a encouragé». «A aucun moment on m'a dit "stop". J'aurais bien aimé qu'on me dise "arrête tes conneries, ça va mal se passer"», va-t-il même jusqu'à affirmer.

Le trader décrit ses conditions de travail: «Mes positions, je les prenais devant tout le monde, devant mes managers. (...) Toutes mes opérations ont été vues, monitorées et contrôlées (...) je ne me cachais pas. J'étais au milieu du desk et tout le monde me voyait faire.» Seul point sur lequel Kerviel ne s'explique pas: pourquoi il a dissimulé ces opérations en produisant des faux.

«L'image que je garde, c'est le regard de ma mère»

Il dément formellement avoir voulu «briller vis-à-vis des autres traders» pour compenser sa moindre qualification, sa seule motivation ayant été de «faire gagner de l'argent» à la banque. Concernant son avenir, il écarte toute idée de redevenir trader. «C'est un milieu que je ne veux plus connaître», assure-t-il, affirmant avoir «ouvert les yeux».

Jérôme Kerviel se dit aujourd'hui encore complètement dépassé par la médiatisation de son affaire. «Cela m'est tombé dessus du jour au lendemain», raconte-t-il. «L'image que je garde, c'est le regard de ma mère dans un couloir de deux mètres carrés à la prison de la Santé au moment du parloir», se souvient-t-il, en expliquant avoir eu la chance d'avoir bénéficié de son soutien pendant cette période.

Il avoue désormais redouter sa comparution. «Qui ne redouterait pas ce moment? Surtout s'il y a la prison à la clef? Tout le monde a peur de la prison, personne ne souhaite aller en prison», lâche-t-il en évoquant ses 35 jours de détention provisoire. Les juges chargés du dossier ont clos leur instruction le 26 janvier. Le procès ne devrait pas avoir lieu avant 2010.