Fabrice Burgaud et la parole des enfants

JUSTICE Le juge a dû s'expliquer ce mercredi sur la «fragilité» des accusations des enfants et des expertises établissant leur crédibilité dans l'affaire d'Outreau...

Avec agence

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Le juge Fabrice Burgaud a dû s'expliquer mercredi sur la "fragilité" des accusations des enfants et des expertises établissant leur crédibilité dans l'affaire de pédophilie d'Outreau, au troisième jour de sa comparution devant le Conseil supérieur de la magistrature (CSM).
Le juge Fabrice Burgaud a dû s'expliquer mercredi sur la "fragilité" des accusations des enfants et des expertises établissant leur crédibilité dans l'affaire de pédophilie d'Outreau, au troisième jour de sa comparution devant le Conseil supérieur de la magistrature (CSM). — Patrick Kovarik AFP

Ces fillettes et ces garçonnets avaient raconté moult atrocités sur les familles de la tour du Renard à Outreau, conduisant à l’une des pires dérives judiciaires de l’histoire. «Le coeur du dossier, c'était les dénonciations des enfants», a souligné le procureur de Boulogne-sur-Mer à l'époque, Gérald Lesigne, au troisième jour des auditions de Fabrice Burgaud devant le Conseil supérieur de la magistrature.

«Dans ce genre d'affaire extrêmement délicate, le recueil de la parole est souvent le seul moyen de recueillir les éléments à charge et à décharge», a assuré Odile Mondineu-Hederer, qui a présidé le procès en appel à Paris, fin 2005.

Après un premier procès à Saint-Omer en 2004 et cette audience d'appel à Paris l’année suivante, 13 des 17 accusés poursuivis pour des abus sexuels sur des enfants avaient été innocentés. Il reste que «de nombreux enfants ont été victimes de sévices extrêmement graves» de la part des quatre adultes définitivement condamnés, a rappelé Mondineu-Hederer.

Des auditions des enfants «tardives, peu détaillées et trop peu critiques»

Chargée de l'accusation au nom de la Chancellerie, la directrice des services judiciaires Dominique Lottin a reproché ce mercredi à Burgaud de ne pas avoir assez pris en compte les «aspects invraisemblables des déclarations» des enfants, de ne pas les avoir interrogés «sur leurs contradictions» ou encore de ne pas avoir recherché les «aspects matériels» confortant leurs accusations. Au final: les auditions des enfants étaient «tardives, peu détaillées et trop peu critiques».

Burgaud s’est défendu en assurant avoir fait «un certain nombre de vérifications» même s'il n'a «peut-être pas relevé toutes les contradictions» venant d'enfants qu'il s'agissait «de ne pas bloquer».

Le juge Burgaud «a effectué beaucoup d'investigations, ce qui n'est pas toujours fait» dans ce type d'affaires, a ajouté Odile Mondineu-Hederer.

Il nous a fallu une longue ‘‘décontamination’’

Autre élément de taille, les deux séries d'expertises psychologiques en 2001 puis 2002, confirmées devant les assises du Pas-de-Calais, qui ont conclu à la crédibilité des enfants.

«Le choc d'Outreau a été une véritable cassure» et «il a fallu une longue ‘‘décontamination’’ pour que nous soyons plus ouverts aux thèses qui viendraient fragiliser ces acquis prétendument scientifiques», a reconnu Gérald Lesigne, le seul magistrat avec Fabrice Burgaud à avoir été traduit devant le CSM dans cette affaire. Aucun manquement disciplinaire n'a été retenu contre lui.

Mercredi soir, l'ancien président du tribunal de Boulogne, Gérard Lafon de Lageneste, a demandé au CSM «de rendre son honneur» à Fabrice Burgaud victime selon lui d'une «légende noire».