Le NPA capitalise sur le facteur Besancenot

POLITIQUE Le leader de la LCR lance vendredi son Nouveau Parti anticapitaliste pour élargir son audience...

Bastien Bonnefous

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Olivier Besancenot, le leader de la LCR, le 23 septembre 2008 à Paris.
Olivier Besancenot, le leader de la LCR, le 23 septembre 2008 à Paris. — hilippe Wojazer / REUTERS

Tous les Français connaissent Olivier Besancenot, son pull noir-jeans-baskets, garde-robe politique qui tranche avec le traditionnel costume-cravate. Apparu sur la scène politique en 2002, le jeune postier de Neuilly, âgé de 34 ans, est devenu en un septennat le deuxième politique le plus apprécié des Français derrière Nicolas Sarkozy mais devant Ségolène Royal, dans le dernier classement des 50 personnalités préférées des Français du JDD. Le «leader incontesté de la gauche radicale», selon l'analyste Denis Pingaud*, s'apprête à dissoudre jeudi l'organisation trotskiste de la LCR, pour fonder vendredi le NPA, Nouveau Parti anticapitaliste. Son parti, même si l'intéressé s'en défend (lire l'interview de Besancenot, ici).

Invité surprise de la présidentielle 2002 avec 4,2% des voix, confirmé à celle de 2007 - 4% malgré le vote utile pro-Royal - il devance de loin ses concurrents de l'extrême gauche, que ce soit Laguiller, Buffet ou Bové. Coqueluche médiatique invitée par Ruquier ou Drucker, davantage fan de JoeyStarr que de Jean Ferrat, Olivier Besancenot occupe désormais la place de «meilleur opposant à Nicolas Sarkozy». Porté par la crise, «il incarne une autre manière de faire de la politique et surfe sur la profonde défiance des Français à l'égard des partis de gouvernement», estime Denis Pingaud. Son statut de salarié à 1.100 euros par mois et son discours anticapitaliste rencontrent un écho dans l'opinion.

Rendre la révolution séduisante

Son objectif avec le NPA: fédérer la révolte. Celle des ouvriers déclassés, des salariés précaires, des chômeurs, des jeunes... «Notre logique, c'est de prendre le meilleur des traditions du mouvement ouvrier, qu'elles soient trotskistes, socialistes, communistes, libertaires ou guévaristes», explique-t-il. Quitte à faire un parti fourre-tout qui pourrait exploser à la première crise. Jusqu'à présent meilleur dans l'opposition que dans la proposition, Besancenot va devoir rendre la révolution séduisante à des Français peu portés sur ce mode de prise de pouvoir. «Les Français apprécient l'homme Besancenot, mais une très faible minorité se déclare proche des idées d'extrême gauche», note Denis Pingaud. Dans son livre-programme**, Besancenot évoque, pour se donner du courage, Spartacus et la «première grande révolte d'esclaves». Oubliant de préciser que Spartacus a fini crucifié par l'Empire romain. ■

* «L'Effet Besancenot» (Seuil).

** «Prenons parti» (éd. Mille et une nuits).

POPULARITÉ Le phénomène Besancenot prend de l’ampleur, à la lecture des enquêtes. Selon une étude du Cevipof, 12 à 13% des Français disaient avoir en 2007 une «excellente opinion» du leader d’extrême gauche, contre seulement 4 à 5% en 2003. Fin août 2008, un sondage indiquait que 8 à 10% des électeurs voteraient Besancenot si la présidentielle avait lieu à cet instant, soit le double de son véritable score réalisé un an plus tôt. Les sondages, toujours, créditent les futures listes NPA de 8 à 10% d’intentions de vote aux européennes de juin. Reste que les scores du NPA, notamment à la présidentielle 2012, seront en grande partie liés au PS, inaudible en 2008. «L’objectif du NPA est de rassembler les électeurs qui ne croient plus à la capacité du PS de transformer la société une fois au gouvernement. Son score en 2012, que Besancenot soit ou non candidat, dépendra largement de la capacité de la gauche de gouvernement à convaincre les Français qu’elle est une véritable alternance à la majorité actuelle», estime Denis Pingaud.