Un magistrat défend Burgaud: «J'ai vu beaucoup d'autres dossiers beaucoup moins bien tenus»

JUSTICE Les premiers témoins de la défense se sont relayés ce mardi après-midi...

MD avec agence

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La deuxième journée de l'audience disciplinaire de Fabrice Burgaud a donné lieu mardi à une passe d'armes entre la Chancellerie et la défense sur le caractère "délibéré" des fautes imputées au juge de l'affaire d'Outreau qui a fait citer plusieurs témoins pour défendre son travail.
La deuxième journée de l'audience disciplinaire de Fabrice Burgaud a donné lieu mardi à une passe d'armes entre la Chancellerie et la défense sur le caractère "délibéré" des fautes imputées au juge de l'affaire d'Outreau qui a fait citer plusieurs témoins pour défendre son travail. — Patrick Kovarik AFP

L'ambiance est toujours aussi tendue au Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Chargée de l'accusation, la directrice des services judiciaires du ministère de la Justice, Dominique Lottin, a imputé un «caractère délibéré» au «manque de rigueur» et «d'impartialité» du magistrat ayant instruit cette affaire d'abus sexuels sur mineurs qui s'est soldée par l'acquittement de 13 des 17 accusés.

Les défenseurs du juge Fabrice Burgaud ont quant à eux continué à violemment accuser la Chancellerie «d'acharnement» contre «cet homme seul», qui répond en audience disciplinaire de son instruction du fiasco judiciaire d'Outreau. «Vous ne voulez laisser aucun espace à cet homme et vous présentez immédiatement un réquisitoire. Puisqu'il faut abattre cet homme, faisons-le vite! Cela ne révèle qu'une chose, l'acharnement dont vous faites preuve», a lancé Patrick Maisonneuve, l'un des conseils de Burgaud, à Dominique Lottin. «Poursuivez donc l'ensemble des magistrats qui ont eu à connaître le dossier, et arrêtez d'accabler cet homme qui est totalement seul».

La défense a fait citer jusqu'à vendredi une vingtaine de témoins, magistrats et policier concernés par l'enquête, pour essayer de contrecarrer l'un des arguments clés de la Chancellerie sur les «pratiques» peu rigoureuses de Burgaud.

Les principaux acteurs de l'instruction font bloc derrière Burgaud.

Le témoignage du président de la chambre de l'instruction de Douai, Didier Beauvais, justement chargé du contrôle de la procédure, a été une bouffée d'oxygène pour le jeune magistrat. Suggérer que Fabrice Burgaud ait délibérément trompé les autorités de contrôle «me paraît aberrant» a-t-il assuré. Ce haut magistrat a défendu la méthode: «J'ai vu beaucoup d'autres dossiers beaucoup moins bien tenus». Il a contesté que les vérifications opérées par le juge aient pu être «insuffisantes», soulignant: «Dans beaucoup d'affaires vous n'avez pas ces vérifications».

L'instruction de l'affaire d'Outreau est revenue à Cyril Lacombe après le départ en août 2002 de Burgaud, muté à Paris. Ce magistrat confirme aujourd'hui le «traitement complet et loyal» de l'affaire par son prédécesseur.

Le chef de la brigade des mineurs de Boulogne-sur-Mer, Didier Wallet, malgré les «très peu de moyens» dont il disposait pour l'enquête, a assuré que «cela se passait très bien» avec le juge Burgaud. Ce dernier manquait-il d'impartialité ? a alors demandé un membre du CSM. «Il s'impliquait à fond», a simplement répondu le policier.

«Je ne dis pas que l'instruction était parfaite»

Pendant plus d'une heure, Fabrice Burgaud a continué à défendre, point par point, son enquête au tribunal de Boulogne-sur-Mer. Il a lui-même dénoncé «l'acharnement de la Chancellerie à fournir à tout prix un coupable à l'opinion publique».

«Mon souci constant était la recherche de la vérité et que chacun puisse faire valoir son point de vue... J'ai ordonné des expertises psychologiques sur les enfants et les adultes (pour) expliquer les revirements, les tendances à l'affabulation et la mythomanie...», a-t-il plaidé.

«Je ne dis pas que l'instruction était parfaite», a déclaré le juge Burgaud. «J'admets que les auditions des mineurs auraient pu être plus critiques, plus précises» mais «des vérifications ont été faites» et «je me suis efforcé de bonne foi de faire la part des choses».