Le préfet et le directeur de la police de la Manche paient bien pour les manifestations anti-Sarkozy

POLITIQUE Michèle Alliot-Marie a justifié la décision...

Avec agence

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Comme son préfet, le directeur de la police du département de la Manche a été muté après une manifestation hostile au président français Nicolas Sarkozy à Saint-Lô le 12 janvier, une décision qualifiée de "fait du prince" jusque dans son camp.
Comme son préfet, le directeur de la police du département de la Manche a été muté après une manifestation hostile au président français Nicolas Sarkozy à Saint-Lô le 12 janvier, une décision qualifiée de "fait du prince" jusque dans son camp. — Kenzo Tribouillard AFP/Archives

Finalement, la mutation du préfet et du directeur de la police de la Manche sont bien liées aux sifflets des manifestants lors de la venue de Nicolas Sarkozy à Saint-Lô... C’est ce qu’a fini par reconnaître Michèle Alliot-Marie, vendredi. Comme on lui demandait s’il s’agissait «du fait du prince» (l’expression est de François Bayrou), la ministre de l’Intérieur a répondu : «Pas du tout», ajoutant: ««Nous avons reçu des rapports de ces autorités (préfet et police, ndlr) sur ce qui s'était passé (le 12 janvier lors de la venue de Nicolas Sarkozy à Saint-Lô, ndlr) et cela nous a conduit à les remplacer.»

«Pas adéquates»

«Il y a eu sans doute un certain nombre d'appréciations qui n'étaient pas tout à fait adéquates d'une situation, et nous devons surtout, dans les temps actuels, avoir des gens qui soient à même de faire la juste appréciation à la fois de la situation et des mesures qui doivent être prises», a ajouté la ministre, pour qui le 12 janvier à Saint-Lô «il y a eu un certain nombre de choses qui ont été faites et qui ne correspondent pas à ce qui devait être normalement fait».

«Pratique d'un autre temps»

La mutation des deux fonctionnaires a été très largement commentée et critiquée, à gauche, mais également au-delà. «C'est scandaleux. C'est une pratique d'un autre temps, contreproductive d'un point de vue politique», s’est emporté Jean-François Legrand, sénateur UMP et patron du conseil général de la Manche. Le député UMP de la Manche, Philippe Gosselin a dénoncé une «sanction très regrettable, injuste». Présent lors de la visite, il a précisé que le président avait été «très énervé» par les sifflets. Même tonalité pour l'ancien Premier ministre, Laurent Fabius, député PS de Seine-Maritime, qui «trouve un petit peu lamentable ce geste-là».

Le syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN, majoritaire) a apporté son «soutien» au responsable policier, estimant la «sanction disproportionnée».

«Pas anormal»

Les proches de Nicolas Sarkozy sont de leur côté monté au créneau pour justifier la décision. «Il faut s'habituer dans ce pays à ce que les gens qui rendent des comptes ne soient pas nécessairement uniquement les gens qui sont au plus bas niveau de l'échelle», a commenté Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP. «Il y a eu (...) à la fois des manifestants qui ont approché très près du président et des réactions très fortes à l'égard de quelques syndicalistes dans l'autre sens», a justifié sur RTL Raymond Soubie, conseiller social du chef de l'Etat. Dans ces conditions, a-t-il estimé, la mutation «ne paraît pas anormale».Raymond Soubie rappelle encore qu'«une mutation de préfet, ça n'est pas un élément nouveau dans l'histoire de la République».

Ces sanctions sont en tout cas les deuxièmes du genre a faire des vagues en quelques mois. En septembre, le patron de la sécurité en Corse, Dominique Rossi, avait été relevé de ses fonctions à la suite de la brève occupation, par des nationalistes, de la villa de l'acteur Christian Clavier, proche ami du président.