La grande distribution ou le pays où la viande est plus chère?

CONSOMMATION Le prix du boeuf en rayon aurait augmenté de 50% depuis 1990...

Maud Descamps avec agence

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Près de 2,5 tonnes de viande possiblement contaminée par la bactérie E. Coli ont été vendues début mars dans des magasins Carrefour, Déli et Monoprix en région parisienne, dans l'Ouest et le Nord, ont indiqué mardi les services vétérinaires de la Manche.
Près de 2,5 tonnes de viande possiblement contaminée par la bactérie E. Coli ont été vendues début mars dans des magasins Carrefour, Déli et Monoprix en région parisienne, dans l'Ouest et le Nord, ont indiqué mardi les services vétérinaires de la Manche. — Mychele Daniau AFP/Archives

C'est un coup de gueule que pousse l'UFC-Que choisir. En 18 ans, le prix de la viande en rayon n'a cessé d'augmenter, alors que le prix payé aux éleveurs a diminué. C'est ce que révèle une enquête publiée mardi par l'association de défense des consommateurs. Le prix du boeuf a augmenté de 50% dans les rayons alors que le prix payé aux éleveurs de bovins a baissé de 15%.

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Le bœuf victime de la vache folle


Cet écart s'est installé lors des deux crises de la vache folle, en 1996 et fin 2000, qui ont entraîné de fortes baisses du prix de l'animal, «jamais répercutées en rayon», selon UFC Que-Choisir. Une façon pour les intermédiaires c'est-à-dire les abattoirs, les transformateurs, les centrales d'achat et la distribution de conserver leurs marges même avec des ventes à la baisse, explique l'association.

«Si on se penche sur l'évolution du prix du bœuf entre 1990 et 2008, on constate une période d'inflation modérée», environ 10% entre 1990 et 1998, période suivie d'une inflation nettement plus soutenue les dix années suivantes d'environ «36%, soit 3% par an», détaille l'étude de l'UFC-Que choisir. Si le prix du bœuf n'a pas augmenté «de manière spectaculaire», il augmente «de manière structurelle à un rythme supérieur à l'inflation générale et à celle des produits alimentaires». Comme le souligne Olivier Andrault, chargé de mission alimentation à l’UFC-Que Choisir, «le prix des produits alimentaires a augmenté de 38% sur cette période, alors que le bœuf enregistre une hausse de 50%.»

Pour la distribution, les prix sont «restés stables»

Mais pour Jérôme Bédier, président de la Fédération du commerce et de la distribution le prix du boeuf au producteur est «resté stable» depuis la crise de la vache folle, mais il a augmenté «légèrement» dans les rayons à cause des coûts de main d'œuvre. Celui du porc a fait le «yo-yo», mais sans commune mesure avec les hausses évoquées par l'étude UFC-Que Choisir, a-t-il ajouté. L'association évoque une situation encore plus «caricaturale» pour la viande de porc. Selon elle, les prix au détail sont totalement déconnectés de la production. Le porc est la viande la moins chère et la plus mangée en France. Mais c'est aussi la plus rentable. De 1992 à 2008, les prix à la consommation ont augmenté de 16% pour le rôti et de 26% pour l'échine alors que, dans le même temps, le prix du cochon payé à l'éleveur a baissé de près de 30%, souligne l'étude.

La FCD a demandé mardi à l'association de consommateurs de «donner les éléments de son étude». «Qu'on ne fasse pas croire aux Français qu'on fait des marges épouvantables à chaque fois qu'ils achètent de la viande», a insisté Jérôme Bédier. «Nos rayons boucherie sont dans des situations difficiles, au point que certains magasins ont supprimé leurs rayons boucherie parce que les frais sont importants et rendent difficiles leur exploitation».

Un contrôle nécessaire des intermédiaires

L'UFC-Que Choisir a, quant à elle, demandé aux intermédiaires d'expliquer une telle augmentation des prix. «Il est très clair que la distribution se constitue des marges qui ne sont pas justifiées», explique Olivier Andrault. «Il faut donc que les pouvoirs publics mettent en place un outil efficace qui permet de mesurer ces augmentations de prix.»