Surpoids, inégalités, classes surchargées… Les profs d’EPS s’inquiètent pour la santé de leurs élèves

EDUCATION Le syndicat Snep-Fsu organise une « Semaine de l’EPS » pour tenter d’alerter le ministère de l’Education nationale sur les difficultés du métier

Camille Allain
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Illustration d'un terrain de sport investi par les élèves d'un lycée à Nice.
Illustration d'un terrain de sport investi par les élèves d'un lycée à Nice. — Syspeo / SIPA
  • Des professeurs d'EPS s'interrogent sur la santé de leurs élèves, qui sont de plus en plus sédentaires d'après des études.
  • Portée par le syndicat Snep-Fsu, la semaine de l'EPS vise à alerter le ministère sur les difficultés d'exercer.
  • Les enseignants dénoncent des classes surchargées, des équipements pas disponibles et des heures de sport trop réduites.

Ils sont inquiets et ils le disent. Ceux que les élèves appellent les « profs de sport » dans tous les collèges et lycées de France tirent la sonnette d’alarme. Leurs conditions de travail se dégradent et ce sont les gamins qui en pâtissent. Alors que l’activité physique a été nettement réduite du fait des épisodes de confinement, les professeurs d’éducation physique et sportive du syndicat Snep-Fsu ont décidé d’organiser une « semaine de l’EPS » pour exprimer leurs inquiétudes.

« Toutes les études montrent que le niveau de sédentarité des jeunes ne cesse d’augmenter. L’OMS (organisation mondiale de la santé) nous a alertés sur les pertes de capacité cardio-vasculaire, les phénomènes d’hypertension ou de surpoids. La situation est préoccupante mais notre discipline continue d’être malmenée et dégradée », regrette Alain Billy, secrétaire académique du Snep-Fsu.

Prof d’EPS dans un lycée de Brest, il pose le constat d’un accroissement des inégalités sociales et territoriales. « Pour beaucoup de jeunes, nos cours sont devenus le seul endroit où ils pratiquent une activité physique. » Récemment interrogé à ce sujet, le chercheur de l’université de Clermont-Ferrand David Thivel s’inquiétait des différents alarmistes sur la sédentarité des plus jeunes. « On sait que le niveau d’activité physique d’un enfant détermine sa santé à l’instant T mais également son niveau d’activité physique et sa santé dans le futur ».


Si le constat est partagé, y compris par le ministre Jean-Michel Blanquer, les profs de sport ont l’impression d’être délaissés. Ils réclament notamment la diminution du nombre d’élèves par classe mais surtout que chaque enfant profite de quatre heures de sport par semaine de la maternelle au lycée. Et attendent un doublement des recrutements pendant cinq ans (soit 1.500 par an) pour pourvoir tous les postes vacants et assurer les remplacements.

« En Bretagne, beaucoup d’établissements ont du mal à trouver des remplaçants, surtout avec le Covid. Les élèves se retrouvent sans cours pendant quinze jours ou trois semaines », regrette le représentant syndical.

« Comment faire aimer le rugby en plein hiver ? »

Lui et ses collègues attendent également une amélioration du nombre d’équipements sportifs en mesure de les accueillir et lancent un appel aux collectivités. « Le choix des disciplines n’est pas dicté par un objectif pédagogique mais par les disponibilités des gymnases. Comment faire aimer le rugby ou la course d’orientation quand on doit le faire en plein hiver ? » interroge Sami Hamrouni, secrétaire du Snep-Fsu.

Professeur au collège des Ormeaux, à Rennes, il se souvient d’avoir emmené ses élèves en hiver dans le bassin extérieur de la piscine de Bréquigny, faute de mieux. « La séance a duré quinze minutes. Tout le monde était gelé et on a dû sortir ». Quelques jours plus tard, il avait neuf dispenses sur son bureau. « Je n’avais jamais vu ça ».

La pratique est pourtant nécessaire, à en croire les statistiques. Les études montrent qu’en France, 19 % des élèves de 6e ne savent pas nager. « Ceux-là, si on ne les emmène pas à la piscine, qui va le faire ? », s’interrogent les deux enseignants.

L’an dernier, les enseignants du collège de Tinténiac, en Ille-et-Vilaine, ont fait le calcul. Le temps perdu pour accéder aux équipements sportifs pendant les quatre ans de scolarité représentait l’équivalent d’une année d’enseignement. Faudrait-il qu’ils y aillent en courant ?