L'essor du numérique se fait à l'économie

A Cannes, David Carzon

— 

Pour sa conférence-bilan du Midem de Cannes, le Syndicat national des éditeurs phonographiques a livré des chiffres inquiétants. Non seulement le disque continue sa dégringolade, mais les revenus issus de l'économie numérique se font attendre, forçant aussi les enseignes culturelles et certains artistes à des expérimentations (lire ci-dessous).

La moitié du marché partie en fumée En 2008, le marché a perdu 15 % par rapport à l'an dernier - soit une chute de 107 millions d'euros - pour s'établir à 606 millions d'euros. Sur le marché du CD, tous les répertoires souffrent : les variétés francophones baissent de 21 %, les variétés internationales de 16 %, comme le classique, alors que celui-ci se portait plutôt bien. Autre surprise : la chute de 46 % des DVD musicaux. Depuis 2002, le marché global a perdu plus de la moitié de sa valeur.

Les signatures de la crise C'est la première fois que cela arrive depuis le début de la crise. En 2008, les maisons de disques ont rendu plus de contrats qu'elles n'en ont signé. C'est-à-dire qu'il y a moins de nouveaux artistes. Il y a eu moins de 70 signatures de talents émergents l'an dernier (171 en 2002). Une donnée qu'il faut nuancer par une lecture attentive des classements de ventes. En effet, parmi les vingt meilleures ventes de l'année figurent six premiers albums. De quoi donner envie d'aller chercher de nouveaux artistes.

Pas de compensation Heureusement que les abonnements commencent à s'imposer, passant de 500 000 euros en 2007 à 17 millions en 2008. Car pour le reste, les téléchargements à l'acte et les revenus issus du téléphone mobile n'augmentent « que » de 21 %, pour un marché du numérique en hausse globale de 50 %, à 76 millions d'euros. Ce qui est loin de compenser les pertes. Malgré une offre française considérée comme unique par les producteurs, le numérique ne représente que 12,5 % de part de marché alors qu'il en pèse 25 % aux Etats-Unis. Sans compter que les nouveaux modèles économiques ont rapporté des revenus qualifiés de « négligeables » par la Sacem, qui cite un exemple : le titre d'un rappeur écouté plus de 240 000 fois sur le site de musique gratuite Deezer rapporte 147 euros. ■