les concerts, un instrument pour survivre

Envoyé spécial à Cannes, David Carzon

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La période a ceci d'intéressant que, placées au pied du mur, les maisons de disques osent sortir des sentiers battus pour expérimenter les possibles modèles économiques de demain. Comparé aux éditions précédentes, le Marché international de la musique (Midem), qui a ouvert ce week-end à Cannes, est donc moins centré sur la crise que sur les manières d'en sortir. Et les concerts sont un levier intéressant. Ainsi, la maison de disques EMI a testé cette année plusieurs voies pour mieux faire partager l'expérience du live. En décembre, pour le passage de Raphaël à Bercy, les spectateurs ont pu acheter à la sortie du concert une clé USB collector contenant le spectacle qu'ils venaient de voir.

« Cette expérimentation ne rapporte pas d'argent, explique aujourd'hui Morvan Bourry, un des responsables du développement numérique d'EMI. De plus, c'est le genre d'idée très compliquée qui implique de faire travailler tout le monde pour relever notamment les défis technologiques, et on aurait pu trouver plein de bonnes raisons de ne pas la réaliser. Mais au bout du compte, l'expérience a été très positive dans l'optique de reconstruire un nouvel écosystème économique et de nouvelles relations avec les consommateurs, basées sur leurs attentes. Et sur celles de l'artiste. »

Autres types d'expérimentations menées par EMI autour des concerts : un coffret de Jean-Louis Aubert mis en vente en fin d'année et retraçant les deux ans de sa dernière tournée acoustique. Les consommateurs pouvaient ainsi revivre le concert donné dans leur propre ville puisque toutes les dates ont été enregistrées. Camille, à la fin de sa tournée, a mis en ligne gratuitement durant une semaine l'intégralité de sa dernière date au Zénith de Paris. Sans promotion, celle-ci a été téléchargée 50 000 fois.

Opendisc, société qui permet de créer un lien avec les consommateurs de musique en leur offrant un lieu d'échange avec les artistes (par exemple en donnant accès à une partie privée du site d'un chanteur à celui qui achète un album), utilise les concerts comme outil de promotion. Pour toutes les dates parisiennes de Julien Clerc, les deux premiers rangs étaient réservés à ceux qui avaient acheté l'album sur le site d'Opendisc. Tout est parti en deux heures. ■