Attentat avorté de Villejuif : Sid-Ahmed Ghlam nie en bloc les accusations face à la justice

PROCES Selon lui l’attentat n’avait pas pour but de tuer, mais de faire peur aux paroissiens

20 Minutes avec AFP

— 

Sid-Ahmed Ghlam ni son implication dans le meurtre de Aurélie Châtelain, lors de l'attentat avorté de Villejuif.
Sid-Ahmed Ghlam ni son implication dans le meurtre de Aurélie Châtelain, lors de l'attentat avorté de Villejuif. — VU LAURENT/SIPA

Une version des faits rocambolesques. « Je ne m’en rappelle plus », « c’est une possibilité », « je ne sais pas », Sid-Ahmed Ghlam, jugé ce vendredi pour l'attentat avorté contre une église de Villejuif et le meurtre d’Aurélie Châtelain en 2015, a nié toutes ces accusations qui lui sont faites.

Il affirme avoir renoncé au dernier moment à son projet d’attentat qui, selon lui, n’était destiné qu’à « faire peur » aux paroissiens. Quant à l'assassinat d'Aurélie Châtelain, une professeure de fitness de 32 ans, ce serait l’œuvre d’un certain « Abou Hamza », un complice dont personne n’a jamais trouvé la trace.

Aucune trace de l’appel au fameux Abou

Et la version de ce dernier ne colle pas. Il raconte ainsi avoir téléphoné à ce « Abou Hamza » la veille du projet d’attentat, pour lui donner rendez-vous le lendemain matin sur un parking de Villejuif dans le Val-de-Marne. Cependant, les enquêteurs n’ont trouvé aucune trace de cet appel mais Sid-Ahmed Ghlam n’en démord pas.

Selon son récit, le dimanche 19 avril au matin, sur un parking désert, le fameux « Abou Hamza » le rejoint en scooter. Les deux hommes, qui ne se sont jamais vus, discutent un peu. « Hamza » explique à Ghlam qu’il va voler une voiture – l’étudiant algérien ne souhaitant pas se rendre à l’église avec son propre véhicule. Toujours selon la version de Ghlam, « Hamza » ouvre un de ses sacs et prend un pistolet.

« Abou Hamza » aurait tiré « par accident » sur la jeune femme

« Pourquoi prendre une arme pour voler une voiture, » s’étonne la présidente. « Je ne sais pas », bredouille Ghlam… « J’ai pensé que c’était pour casser la vitre » du véhicule. La présidente insiste. « Voilà un homme que vous n’avez jamais vu et vous le laissez vous prendre une arme chargée… ». « Je l’ai pris pour un homme envoyé par mon commanditaire et il n’allait pas m’envoyer un fou », répond Sid-Ahmed Ghlam.

Toujours selon Sid-Ahmed Ghlam, au bout d’un moment, « Abou Hamza » revient au volant d’une voiture et l’étudiant distingue un passager à ses côtés. « J’ai voulu prévenir mon commanditaire qu’il y avait une troisième personne… mais j’ai entendu un coup de feu ». « Abou Hamza » aurait tiré « par accident » sur la jeune femme. « Mais pour quelles raisons ? », veut savoir la présidente. « Je ne suis pas dans [sa] tête », répond Ghlam, qui évoque une « incompréhension ».

Ghlam dit s’être « volontairement » tiré une balle dans la cuisse

Selon la version de l’étudiant, « Hamza » serait ensuite reparti tranquillement en scooter. « Voilà un homme qui vient pour commettre un carnage dans une église et qui s’en va aussitôt après avoir tué une jeune femme… », s’interroge la présidente. « C’est la première fois que je voyais une défunte en vrai », explique Sid-Ahmed Ghlam qui ne prononcera qu’une fois, presque par inadvertance, le nom d’Aurélie Châtelain. Il affirme avoir décidé alors de renoncer « à passer à l’acte » et s’être « volontairement » tiré une balle dans la cuisse avec l’arme du crime.

« Je voulais rompre avec l’Etat islamique… en me blessant j’évitais de subir leurs représailles » pour ne pas avoir commis l’attentat prévu, raconte-t-il. « En quoi ce geste évitait leurs représailles ? », demande la cour. « C’était une possibilité », répond l’étudiant évasivement.

Samy Amimour derrière « Abou Hamza »

Le 15 décembre 2015, un mois après les attaques du 13 novembre, Sid-Ahmed Ghlam assurera aux enquêteurs que derrière le pseudonyme d'« Abou Hamza » se cachait en fait Samy Amimour, un des assaillants du Bataclan le soir du 13 novembre 2015. Étrange, remarque Antoine Casubolo-Ferro, avocat de la famille d’Aurélie Châtelain. La « kounya » (surnom) de Samy Amimour n’était pas « Abou Hamza » mais « Abou al-Qital al-Faransi »… Surtout, ajoute-t-il, on sait qu’à l’époque des faits, Samy Amimour se trouvait en Syrie où il préparait son mariage.

Dans le box, Sid-Ahmed Ghlam ne bronche pas. Samy Amimour était chauve, rappelle Gérard Chemla, un autre avocat des parties civiles. Pourtant, à aucun moment durant sa garde à vue et au début de sa détention, Sid-Ahmed Ghlam a donné ce détail aux enquêteurs. « Vous ne vous souvenez que de ce qui vous arrange », s’agace l’avocat. Sid-Ahmed Ghlam reste impassible. Christian Benoit, avocat de l’accusé, rappelle que son client avait la possibilité de commettre son attentat mais qu’il ne l’a pas fait. « Oui, j’en avais toutes les possibilités », affirme Sid-Ahmed Ghlam.