10.000 morts par an à cause d'erreurs médicales?

SANTE Le chiffre fait peur. Issu des estimations de Philippe Juvin, chef des urgences de l'hôpital Beaujon et secrétaire national de l'UMP chargé de la Santé, il relance la polémique sur les hôpitaux français...

AA avec agence

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Ce reproche récurrent des urgentistes à leurs confrères libéraux a été souligné par plusieurs rapports ces dernières années. Le dernier, rendu en août 2007 au gouvernement, a fait le constat d'une permanence des soins "peu fiable, fragile et coûteuse".
Ce reproche récurrent des urgentistes à leurs confrères libéraux a été souligné par plusieurs rapports ces dernières années. Le dernier, rendu en août 2007 au gouvernement, a fait le constat d'une permanence des soins "peu fiable, fragile et coûteuse". — Jean-Philippe Ksiazek AFP

10.000 personnes mourraient chaque année à l’hôpital à cause d’erreurs médicales. Ce chiffre, avancé par Philippe Juvin, chef des urgences de l'hôpital Beaujon et secrétaire national de l'UMP chargé de la Santé, est une estimation. Aucune étude ne l'atteste.

Interrogé par «Le Journal du dimanche», Juvin veut alerter l’opinion: «les erreurs graves sont beaucoup plus nombreuses que les décès. De 300.000 à 500.000 événements indésirables graves se produisent chaque année.»

La série noire

De quoi alimenter de nouveau la polémique sur les hôpitaux français, après plusieurs morts accidentelles. Celle d’un nourrisson de 6 mois, Louis-Joseph, décédé vendredi à l'hôpital Necker à Paris à la suite d’une erreur humaine de réglage de perfusion dans un établissement hospitalier des Yvelines. La mort aussi d'un patient de 57 ans, le 28 décembre après une longue recherche d'un lit en réanimation. Et celle encore d'un petit garçon de trois ans, Yliès, le 24 décembre à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris, où il avait été admis pour une angine pour laquelle une infirmière lui a administré par erreur du chlorure de magnésium.

Manque d'organisation, mais pas de moyens

«Il n'y a pas, contrairement à ce qui continue à être dit, de manque de moyens à l'hôpital», a assuré Juvin. Un avis déjà martelé par le ministre du Budget et de la Fonction publique Eric Woerth dimanche dernier sur Europe 1. Selon celui-ci, «l'hôpital a les moyens de fonctionner» mais «a besoin d'une meilleure organisation».

Juvin veut, lui, que soit créée une base de données recensant les morts à l'hôpital. Objectif? «Réduire de 50% le nombre de morts évitables à l’hôpital, peut-on lire sur son blog, dans un post intitulé "L'année 2009 sera l'année de l'organisation du système de santé". Le risque zéro à l’hôpital n’existe pas mais nous pouvons le réduire.»

«Une erreur humaine est rarement isolée, explique-t-il encore au JDD. Il y a toujours plusieurs faits générateurs d'un accident. Dans un processus sécurisé, une erreur est rattrapée par une procédure. Quand un accident arrive, c'est que plusieurs filets de sécurité ont sauté.» Selon lui, les défaillances viennent surtout «d'erreur d'organisation: organisation du service ou de la journée, problèmes d'étiquetage sur le médicament, omission de bracelet sur le patient, confusion dans les noms ou les dates de naissance».

Une loi à venir

Via la voix d’Eric Woerth, le gouvernement a exclu toute rallonge face aux dysfonctionnements dénoncés par l'opposition et des syndicats. Sa réponse, ce sera la loi que présentera Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé, en début d'année. Une loi qui permettra une organisation sans faille?

«Contrairement à ce que disent actuellement les politiques, il y a bel et bien un problème de moyens», a répondu Jean-Louis Chabernaud, président du syndicat national des pédiatres des établissements hospitaliers. «On atteint aujourd'hui la limite, on touche à la qualité de l'accueil et à la sécurité des patients. Nous sommes d'autant plus inquiets que la future loi Hôpital, Patients, Santé, Territoire, à laquelle le président de la République tient beaucoup, doit entraîner 20.000 suppressions d'emplois supplémentaires. Il faut absolument renoncer à cette approche.»

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