Pas prêtre à tout pour une vocation

David Carzon

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Gérard Loizeau a la douceur de ces prêtres qui savent vous écouter, réfléchir avant de répondre aux questions afin de toujours trouver le mot juste. Oui, mais voilà, Gérard Loizeau n'est plus prêtre. Il y a vingt ans, il a abandonné les ordres pour refaire sa vie avec une femme, avoir un fils astrophysicien, devenir directeur d'une école privée, peut-être reprendre le chemin de la vie qu'il aurait dû avoir depuis le début.

Dès sa plus tendre enfance, Gérard Loizeau a cru qu'il avait la vocation. « Ou plutôt, on m'a fait croire que j'avais la vocation. »

A chaque fois qu'il parle de son parcours - petit séminaire, noviciat chez les Pères de Chavagnes, ordination, missionnaire - Gérard Loizeau utilise un langage qui ne trompe pas : « On me disait que j'avais été choisi, désigné, que ça m'était tombé dessus par la volonté de Dieu... » A l'époque : devenir prêtre ou religieux représentait une ascension sociale, pas seulement spirituelle. « Ça me paraissait chouette d'être curé, se souvient Gérard Loizeau. Ces hommes semblaient parés de toutes les vertus. Je ne pensais pas que cela allait me rendre aussi malheureux. »

En lisant son livre sorti hier*, on se demande souvent pourquoi cet homme entraîné dans une voie contre son gré, n'a jamais dit non quand il en a eu l'occasion. « Je n'ai pas su mettre des mots sur mon malaise grandissant, explique-t-il aujourd'hui. J'ai toujours subi, peut-être ai-je été faible ? On ne m'a jamais empêché de partir, mais on m'a toujours retenu. Personne n'a voulu voir que je n'étais pas fait pour ça. » On a surtout l'impression qu'il a été conditionné par un système qui voulait avant tout le garder pour des questions comptables et éviter d'avoir à dénombrer un départ de plus.

Son témoignage revêt un caractère historique. Ce qu'il a vécu n'existe plus. Mais des milliers de jeunes hommes sont passés par là. « Comment peut-on engager un enfant de 11 ans dans une voie qui mène au célibat ? », se demande aujourd'hui Gérard Loizeau. Car c'est l'autre propos du livre : tenter d'ouvrir le débat sur le célibat des hommes d'Eglise : « On présente ce voeu comme une condition de la vocation, mais je ne pense pas que le Christ l'ait voulu. Moi, cette question m'est tombée dessus à 40 ans. Il y a eu un déclencheur et j'ai quitté les ordres en étant persuadé d'être fautif. Ça ne fait pas longtemps que je ne culpabilise plus, que j'ai compris que beaucoup sont partis pour les mêmes raisons que moi, que l'Eglise devrait s'ouvrir sur cette question pour garder ses prêtres plutôt que d'accepter que certains aient une double vie, des femmes cachées. » ■* Prié de me taire, Max Milo éditions.