« Le juge d'instruction doit céder la place »

Bastien Bonnefous

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L'ancien avocat Nicolas Sarkozy s'est payé le juge d'instruction. Comme annoncé mardi, le président de la République a proposé hier, à l'occasion de la rentrée solennelle de la Cour de cassation, de supprimer la fonction du juge d'instruction, pour le remplacer par un juge de l'instruction sans pouvoir d'enquête. « Il est temps que le juge d'instruction cède la place à un juge de l'instruction, qui contrôlera le déroulement des enquêtes mais ne les dirigera plus », a expliqué le chef de l'Etat. Un avis de décès qui, avant même sa publication, avait provoqué un tollé dans le monde judiciaire et politique. D'autant que Nicolas Sarkozy n'a jamais évoqué l'indépendance du parquet, corollaire indispensable pour beaucoup à l'exécution d'une justice neutre.

« Actuellement, le parquet est statutairement sous l'autorité du politique. S'il le reste, qu'adviendra-t-il par exemple des enquêtes qui touchent des proches du pouvoir ? », interroge l'ex-juge d'instruction Eric Halphen, aujourd'hui vice-président du tribunal de Paris, qui considère une telle réforme « très dangereuse pour notre démocratie ».

Hier, une centaine d'avocats et magistrats instructeurs ont manifesté devant le Palais de Justice de Paris, pour dénoncer les propositions de Nicolas Sarkozy et défendre « une justice indépendante ». Plusieurs syndicats appellent déjà à une mobilisation de la magistrature. « Si cette réforme passe, on ne verra plus jamais un dossier politico-financier devant un tribunal », prédit David de Pas, secrétaire général adjoint du Syndicat de la magistrature et juge d'instruction à Nîmes. Plusieurs craignent aussi l'instauration d'une « justice à deux vitesses » si la France se rapproche du système accusatoire à l'américaine, où la défense de l'accusé est primordiale. « Les gens fortunés auront les moyens de se défendre, mais que feront les pauvres, incapables de se payer un bon avocat, face à un procureur ultrapuissant ? », interroge Eric Halphen.■