« Les malades continueront de s'enfuir »

— 

Auteur de Mon fils, schizophrène,

Bourin éditeur, 16 euros.

Votre récit de la maladie de votre fils décédé insiste sur la peur. Pourquoi ?

A partir de 15 ans, il a commencé à faire des bêtises. Il y a eu les mauvaises rencontres, la drogue... Puis, il s'est mis à grimper sur les toits. Une fois, il est passé à travers une verrière. J'étais terrorisée, je ne le maîtrisais plus. Pendant quinze ans, j'ai attendu le coup de fil final.

Vous évoquez « ses regards qui faisaient peur », mais il n'a rien fait...

Il nous reprochait ses hospitalisations, on ne savait jamais à quoi s'attendre. On a frôlé la catastrophe, lorsqu'il a tiré depuis les toits avec une carabine. L'insécurité régnait, bien avant le diagnostic.

Peut-on « gérer » cette violence ?

J'ai dû apprendre à rester calme, à ne pas rentrer dans ses délires. Cela a ses limites : une amie a été défenestrée par son fils.

Votre fils serait-il diagnostiqué plus vite aujourd'hui ?

Non, je crois que le parcours du combattant reste le même. J'ai passé quatre ans à essayer de lui faire consulter un médecin. Xavier insistait pour dire qu'il allait bien et le psychiatre du secteur lui-même ne pouvait rien.

Et la prise en charge ?

Quand je vois l'hôpital, je comprends ses fuites. Et au centre de jour, il se retrouvait avec des sourds-muets ! Les familles sont laissées dans une solitude incommensurable. Un jour, j'ai appelé pour dire que mon fils écrivait sur les murs avec son sang - après s'être coupé au rasoir - et la psy qui le suivait m'a dit : « Ce n'est pas à vous d'appeler ! »

Vous en voulez aux psychiatres ?

Non, j'en ai connu d'extraordinaires. Mais l'institution n'aurait jamais dû laisser mon fils sortir seul après deux ans d'hôpital. Deux jours plus tard, j'ai appelé pour dire qu'il s'était décollé le cuir chevelu. On m'a répondu qu'il ne dépendait plus de ce secteur. Il est décédé huit jours après.

Faut-il surveiller plus à l'hôpital ?

On aura beau faire monter les murs et donner plus de médicaments, les malades continueront de s'enfuir quand ils voudront. Xavier avait un infirmier psychiatre avec qui il s'entendait très bien et c'était celui qui le maîtrisait le mieux. J'ai frappé à toutes les portes, mais il n'a jamais bénéficié d'un appartement thérapeutique. C'est ce qui manque, pas de transformer les malades en délinquants, mais de l'accompagnement humain. ■

Recueilli par A. B.