Les psychiatres crient au fou

Angeline Benoit

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A vouloir « protéger la société », Nicolas Sarkozy va rendre les psychiatres mabouls. Mi-décembre, ils étaient 39 à lancer dans Libération un « appel » contre sa « politique de la peur ». Le 2 décembre, après qu'un patient schizophrène échappé de l'hôpital a poignardé un étudiant à Grenoble, le Président a préconisé davantage d'hospitalisations contraintes, de chambres d'isolement, l'obligation de soins ou encore la localisation par satellite. Une proposition revenue sur le devant de la scène avec l'évasion d'un dangereux schizophrène d'un hôpital psychiatrique marseillais, trois semaines plus tard.

« Sarkozy mélange des considérations de sécurité, de santé et de criminalité », s'inquiète une juge sous couvert d'anonymat. L'Etat impose l'internement quand une personne constitue une menace pour elle-même ou les autres.

Un malade déclaré « irresponsable » ne peut être puni. La prise en charge relève de la psychiatrie et c'est là que le bât blesse. « En dix ans, 40 % des lits ont été supprimés. On isole, on pique, on attache, avant de jeter à la rue », s'insurge Philippe Clément, infirmier, dans Bienvenue à l'hôpital psychiatrique ! A Pau, deux infirmières ont été massacrées en 2004. La mère du coupable alertait depuis des semaines sur son état délirant. Le plus souvent, les malades s'en prennent à eux-mêmes. Et la tragédie reste un secret de famille. L'internement forcé, lui, se porte toujours bien. Depuis 1990, il a augmenté de 80 %. ■