«Qui osera crier sa douleur de voir disparaître les interminables tunnels publicitaires qui envahissent nos petits écrans entre 20h30 et 21 heures?»

REVUE DE PRESSE Les éditorialistes ne sont pas forcément hostiles au fond de la réforme de l'audiovisuel public...

20minutes.fr

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La publicité disparaîtra des écrans des chaînes publiques après 20H00 à partir de lundi, une mesure qui bousculera l'ordonnancement des soirées télévisées et dont les conséquences économiques demeurent difficilement prévisibles.
La publicité disparaîtra des écrans des chaînes publiques après 20H00 à partir de lundi, une mesure qui bousculera l'ordonnancement des soirées télévisées et dont les conséquences économiques demeurent difficilement prévisibles. — AFP/France 2

La peur de l’écran noir a très provisoirement remplacé celle de la page blanche pour les éditorialistes de la presse française, particulièrement inspirés sur le sujet ce lundi. Même si la méthode, à la hussarde, est contestée et que Nicolas Sarkozy est soupçonné d’arrière-pensées (ah ce cher «frère» Martin Bouygues), la plupart de vos quotidiens sont curieux de voir disparaître de France Télévisions cette pub devenue pantagruélique.

On commence avec la plume du «Midi Libre», d’humeur badine. «Peut-être même qu’à force de pénétration dans nos foyers et nos neurones, ce sont elles (les pubs, ndlr) qui avaient fini par décider du chronomètre domestique. Fin du journal, flash météo et hop c’était parti pour quinze minutes d’accélération brutale: lever la table, enfourner verres et assiettes dans le lave-vaisselle, coucher les enfants, leur lire une - courte - histoire, leur apporter un verre d’eau, programmer une lessive, s’accorder deux, trois minutes d’intimité (parfois littéraire)... puis direction le canapé pour soupirer ou s’assoupir devant sa chère et ponctuelle petite lucarne.»

Un nouveau mode de vie, donc, pour le «Midi Libre», même «si ces banales préoccupations ne pèsent pas lourd face aux enjeux de la vaste métamorphose "télégénétique" promise. Le pouvoir y voit un recadrage culturel nécessaire, l’opposition y soupçonne une volonté de mainmise, les syndicats y décèlent un cadeau aux chaînes privées. La preuve: TF1, bientôt crédité d’une deuxième coupure dans les films et les fictions, a prévu pour ce soir "Avalanche". De pub?»

«Mystère et page de pub»

«Sud Ouest» aussi ne regrettera pas forcément l’ancien temps: «Qui osera crier sa douleur de voir disparaître les interminables tunnels publicitaires qui envahissent nos petits écrans entre 20h30 et 21 heures? Qui regrettera réellement la fin de la dictature de l’Audimat sur les chaînes du service public? Cette réforme, au parfum de retour en arrière, pourrait donc constituer un salutaire pas en avant.»

Le quotidien enchaînera donc avidement son «Plus Belle la Vie» avec «Questions pour un champion», sans transition, tout en regrettant le pas de charge politique: «Las, comme il arrive souvent avec notre Président, le volontarisme politique - ô combien nécessaire - rime avec précipitation. (...) Que se passera-t-il si, d’aventure, le Sénat s’oppose à cette partie de la réforme de l’audiovisuel Mystère et page de pub.»

«Les téléspectateurs zapperont»

Et puis au final, voilà plus de choix pour le téléspectateur, tout bonnement, pour Hervé Chabaud, dans «l’Union», que l'on sent marqué par les spots interminables sur le jambon Madrange. «Si les spectateurs tolèrent les messages promotionnels, c'est avant ou après leur émission, mais pendant, ils subissent un choix qu'ils sont loin d'approuver. D'ailleurs, n'avez-vous jamais remarqué que dès le commencement d'une page de publicité, le son augmente tout seul, quelquefois qu'on ne soit pas assez attentif?»

Les publicitaires sont démasqués, les sceptiques de la réforme aussi: «Si des grèves se développent contre ce nouveau dispositif, les téléspectateurs zapperont, quitte à se heurter à d'autres intermèdes publicitaires aux jingles identitaires soignés.»

A partir de 20 heures ce lundi, on verra ainsi si les Français sont ou non des fils de pubs.