Les morts en série mettent à mal l'hôpital

Laure de Charette (avec AFP)

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Ils venaient s'y faire soigner, ils y sont morts. Un bébé de 6 mois, Louis-Joseph, est décédé vendredi à l'hôpital Necker à Paris, après une erreur humaine de réglage de perfusion dans un établissement hospitalier des Yvelines. Ses parents ont porté plainte hier pour non-assistance à personne en danger. Ce drame relance la polémique sur les moyens des hôpitaux, après plusieurs graves incidents survenus dans le monde hospitalier ces derniers jours.

Pour Eric Woerth, ministre du Budget, hier sur Europe 1, les hôpitaux ont « les moyens de fonctionner », mais auraient simplement « besoin d'une meilleure organisation ». Même analyse du côté de Philippe Juvin, médecin-chef hospitalier et secrétaire national de l'UMP : « Il n'y a pas de manque de moyens à l'hôpital. » Selon lui, « plus la médecine est performante, plus il y a de risques d'accidents liés à la technicité de plus en plus grande des soins ».

La veille de Noël, un autre petit garçon âgé de 3 ans, Yliès, est décédé à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris. Soigné pour une angine, une infirmière lui administre par erreur du chlorure de magnésium. Après ce drame, Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, assure : « Concernant le manque de moyens de l'hôpital public, je m'inscris en faux. La France est un des pays qui a les dépenses de santé par habitant les plus élevées au monde. » Deux jours plus tard, un patient de 57 ans en arrêt cardiaque meurt après une longue recherche d'un lit en réanimation.

« Contrairement à ce que disent actuellement les politiques, il y a bel et bien un problème de moyens », affirme le président du Syndicat national des pédiatres des établissements hospitaliers, Jean-Louis Chabernaud, dans une interview accordée hier au Journal du Dimanche. Pour lui : « On atteint aujourd'hui la limite, on touche à la qualité de l'accueil et à la sécurité des patients. »

Malgré la multiplication d'erreurs médicales ou paramédicales - à Bastia aussi, un couple a porté plainte samedi après le décès de son bébé contre l'hôpital qu'ils accusent de n'avoir pas pratiqué une césarienne programmée -, le gouvernement entend garder le cap sur la réorganisation du système de santé. La future loi « Hôpital, Patients, Santé, Territoire » qui prévoit de mieux répartir les hôpitaux et les médecins, doit être discutée au Parlement en ce début d'année.