Affaire Faurisson: Dieudonné réplique sur scène

DERAPAGE Pendant ce temps-là, un théâtre de Montpellier déprogramme son spectacle...

M.Gr.

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"Vos applaudissements vont retentir assez loin (...). Votre présence ici et notre poignée de main sont déjà un scandale en soi", a ironisé Dieudonné devant 5.000 spectateurs, dont plusieurs membres du Front national.
"Vos applaudissements vont retentir assez loin (...). Votre présence ici et notre poignée de main sont déjà un scandale en soi", a ironisé Dieudonné devant 5.000 spectateurs, dont plusieurs membres du Front national. — Thierry Zoccolan AFP/Archives

Une «bombe médiatique artisanale». C’est ainsi que Dieudonné qualifie l'invitation du négationniste Robert Faurisson lors de son spectacle au Zénith de Paris, le 26 décembre dernier.
 
Dans une représentation mercredi 31 décembre dans son QG au théâtre de la Main d’Or et diffusée sur le site La Banlieue S'exprime (tenu par son ami Ahmed Moualek), l’humoriste explique ainsi: «Il fallait que je trouve plus fort que Le Pen, tu ne peux pas faire deux fois le même coup avec la même personne (...) Il fallait trouver plus infréquentable que Le Pen.»

«A côté, Le Pen, c'est Casimir dans l'Ile aux enfants»
 
«J'ai fait toutes les poubelles du show-business, cela m'a mis deux mois avant de le trouver, précise Dieudonné. Robert Faurisson, c’est «un diamant, l'élu. Sa spécialité, c'est la contestation (...) A côté, Le Pen, c'est Casimir dans l'Ile aux enfants». Toujours à propos de Faurisson: «Même moi, il m'a choqué. Avec un mec comme ça, j’allais faire péter le compteur (...) Fourniret, Dutroux, j'ai fait mieux».

Dieudonné se gausse de son bon tour médiatique: «Là on était au sommet, mais après le Zénith, la quenelle que je viens de leur mettre!» Quant à Jean-Marie Le Pen, présent au spectacle du 26 décembre et qui s’est tenu à distance de la polémique – déclarant notamment que «Dieudonné avait un peu exagéré», l’ancien partenaire d’Elie Sémoun explique: «Moi je ne suis pas du Front national, mais le mec est sympa».
 
Au passage, Dieudonné a moqué le Crif, et la Licra qui souhaite «une peine de prison ferme» et a fait (re)monter sur scène son assistant qui, déguisé en déporté juif, avait remis le «prix de l'infréquentabilité et de l'insolence». L'acolyte s’est permis une remarque à propos de costume: «Ils se sont trompés, il est pas rayé, il est à carreaux». Dieudonné a ensuite ironisé: «Tout spectacle vivant doit comporter le passage d’un personnage de déporté juif, c’est la loi, c’est obligatoire».


 
Dieudonné n’aura pas l’occasion de livrer son spectacle à Montpellier comme prévu début février. Mardi, la municipalité avait demandé dans un courrier adressé au directeur du Kawa théâtre, Bertrand Mayet, de déprogrammer Dieudonné. Le théâtre a finalement décidé d'annuler les spectacles.
 
«Je n'étais pas au courant» dans un premier temps, a expliqué Bertrand Mayet qui a ensuite visionné la vidéo du spectacle. Et «nous ne pouvons pas cautionner ça», a expliqué le directeur, qui avait accueilli Dieudonné en 2007. «Nous avons essayé d'agir en notre âme et conscience», a souligné Bertrand Mayet. Il a évoqué des «menaces» de tous bords, pro et anti-Dieudonné.
 
Le parquet de Paris a ouvert lundi une enquête préliminaire «aux fins de vérifier dans quelles conditions Dieudonné Mbala Mbala a remis» ce prix de la discorde à Faurisson.