Menace d'attentats au Printemps: le point sur les indices qui sèment le trouble

TERRORISME Les allusions plus ou moins explicites à l'extrême gauche se multiplient au cours de l'enquête...

Julien Ménielle

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Le gouvernement semblait écarter mercredi une piste islamiste après la découverte la veille d'explosifs dans le magasin parisien Le Printemps, tout en prenant des dispositions pour renforcer la sécurité à Paris et dans les grandes villes de province.
Le gouvernement semblait écarter mercredi une piste islamiste après la découverte la veille d'explosifs dans le magasin parisien Le Printemps, tout en prenant des dispositions pour renforcer la sécurité à Paris et dans les grandes villes de province. — Franck Fife AFP

La menace d'attentats au Printemps Haussmann a été revendiquée mardi par le Front révolutionnaire afghan, un groupe inconnu. Mais le gouvernement et le discours de certains experts tendent à discréditer la piste islamiste. Et l'on voit ressurgir le spectre du terrorisme d'extrême gauche. 20minutes.fr fait le point sur les indices qui font débat.

Le vocabulaire
Pour Hervé Morin, «le mot “révolutionnaire” figurant dans le nom du groupe, le mot “capitaliste” pour désigner les magasins, l'absence de référence à l'islam, au djihad» sont autant d'indices qui disculpent les intégristes religieux. Le ministre de la Défense a d'ailleurs annoncé que «la piste islamiste, en tant que telle, n'est pas la piste première».

Il s'agit d'«un vocabulaire marxisant», analyse Eric Dénécé. Le directeur du Centre français de recherche sur le renseignement estime que ce sont des termes «que seuls des mouvements palestiniens ont pu utiliser, il y a plusieurs années».

Le mode de communication
Le groupe a prévenu qu'un attentat allait avoir lieu. Une technique habituellement utilisée par l'ETA. «Sauf que les basques amorcent toujours leurs explosifs», note Louis Caprioli, spécialiste du terrorisme et ancien de la DST. Et dans le cas présent, les explosifs n'étaient pas équipés de systèmes de mise à feu.

C'est par voie postale que les revendications sont parvenues à l'Agence France Presse (AFP). Louis Caprioli précise qu'«aujourd'hui les groupes terroristes revendiquent leurs actes par Internet. Cette manière de faire nous fait revenir aux années 1985.»

La méthode
Pour Eric Dénécé, le mode opératoire n'est pas celui des mouvements islamistes. «Avec ces cinq vieux bâtons de dynamite qui semblent avoir été volés dans des stocks, on frise le canular», ose-t-il. Pour lui, «cela ressemble beaucoup plus aux modes opératoires des terroristes d’extrême gauche». Il n'exclut d'ailleurs pas «que cela soit lié aux récentes attaques contre des lignes TGV».

Quant à savoir pourquoi les auteurs n'auraient pas revendiqué cette action en leur nom propre, Eric Dénécé a aussi sa théorie: ce serait «pour brouiller les pistes. C’est typiquement dans la tradition gauchiste de trouble à l’ordre public. Maintenant, cela peut aussi être le fait d’un individu isolé».

Le type d'explosif
Alors que les forces de l'ordre sur place avaient parlé de «pains de plastique», la version officielle annonce que ce sont cinq «bâtons de dynamite» qui ont été retrouvés dans les toilettes du grand magasin. «Du matériel ancien et courant que l'on trouve sur les chantiers», comme l'a rappelé Michèle Alliot-Marie à l'issue de sa réunion sur le renforcement des mesures de sécurité. Du matériel qui n'est habituellement pas employé par les islamistes, qui lui préfèrent les explosifs chimiques de fabrication artisanale.

Lors des attentats de Madrid, le 11 mars 2004, ce sont cependant bien des charges de dynamite qui avaient été utilisées.

La piste afghane est plausible
Retour sur les menaces à l'encontre de la France, avec Mathieu Guidère, ancien directeur de recherches à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr:
Le 17 novembre, une vidéo montrant un chef militaire afghan, identifié comme Farouq, avait menacé la France d’attentats.
Le 29 septembre dernier, en revendiquant l’embuscade qui avait tué dix soldats français près de Kaboul le 18 août, Gulbuddin Hekmatyar avait également menacé.
Ces derniers mois, chaque libération d’otages Français en Afghanistan a aussi été assortie de menaces.
Plus récemment, dans un discours de 29 minutes posté sur un site Internet islamiste, le chef d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), Abdelmalek Droukdal, prévenait que la France allait être la cible d’attentats.