Report de la réforme du lycée: Qu'est-ce qui a fait changer d'avis Xavier Darcos?

EDUCATION Mouvement des lycéens, casse-tête budgétaire… Les analyses vont bon train…

Catherine Fournier
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Enseignants, lycéens et parents d'élèves appellent à une journée de manifestations partout en France mercredi, alors que la multiplicité des actions locales et l'agitation dans les IUT témoignent d'une certaine effervescence dans l'Education, assez inhabituelle en cette période de l'année.
Enseignants, lycéens et parents d'élèves appellent à une journée de manifestations partout en France mercredi, alors que la multiplicité des actions locales et l'agitation dans les IUT témoignent d'une certaine effervescence dans l'Education, assez inhabituelle en cette période de l'année. — Gerard Cerles AFP/Archives

C’est ce qui s’appelle couper l’herbe sous le pied à un mouvement de protestation. Les syndicats de lycéens ont beau maintenir leur appel à manifester mardi et jeudi, l’annonce du report de la réforme du lycée ce lundi, couplée avec l’arrivée des vacances de Noël, risque bien d’essouffler ce que certains avaient pris pour un début d’insurrection de la jeunesse française voire européenne.

Est-ce justement la crainte d’une contagion du mouvement grec qui a fait reculer le gouvernement sur une réforme jugée pourtant «tout à fait nécessaire» par Xavier Darcos? Le ministre l’a reconnu à demi-mot, déclarant dans un communiqué que malgré le consensus trouvé dans un premier temps, «dans ce contexte qui expose la sécurité des lycéens et des personnels, les conditions d’un dialogue serein et responsable ne sont plus réunies».

La main de l’Elysée

Si Xavier Darcos a assuré depuis Ramallah, dans les Territoires palestiniens, où il est en visite officielle, que la décision de reporter la réforme de la seconde, puis celle du lycée toute entière, émanait de lui, beaucoup y voient la main de l’Elysée. Un proche du ministre indique ainsi à 20minutes.fr qu’il y a à peine quinze jours, le ministre de l’Education n’était pas du tout dans l’optique de reculer sur le lycée et comptait bien continuer à avancer, malgré les protestations.

Les syndicats ne se font d’ailleurs pas d’illusions sur l’explication officielle du report: «Approfondir la concertation.» Certains estiment que ce recul est effectivement plutôt lié à une crainte de l’Elysée d’un «mouvement à la grecque», récupéré notamment par l’extrême gauche dans un contexte de grogne sociale liée à la crise. D’autres y voient une façon de protéger le ministre de l’Education, de plus en plus exposé aux critiques.

Un avis partagé par un fin connaisseur du système éducatif français. Entre les désobéisseurs de l’Héraut, les réveillons revendicatifs… Xavier Darcos fait l’objet d’une montée de «jacqueries» dans plusieurs domaines et l’Elysée aurait voulu éviter le syndrome Allègre à ce protégé de Nicolas Sarkozy.

Une raison budgétaire?

A ce contexte potentiellement explosif s’ajoute un autre argument, de taille. Selon un proche du dossier, Xavier Darcos et l’Elysée se seraient retrouvés face à un casse-tête budgétaire impossible après la décision de finalement intégrer les sciences économiques et sociales dans le tronc commun obligatoire. Cette annonce faite dimanche par voie de presse a pour effet de rajouter une heure et demie de cours (31h30 au lieu de 30h) et nécessite donc des milliers de postes supplémentaires.

Une équation impossible à l’heure où 13.500 postes sont supprimés au budget 2009. L’Elysée, qui avait elle-même souhaité cette mise en valeur de l’enseignement de l’économie en temps de crise, s’est-elle fait rappeler à l’ordre par Bercy? La nouvelle mouture de la réforme de la seconde, prévue en 2010, devra en tout cas tenir compte de ce détail.