Me Karim Achoui fait tonner sa défense

JUSTICE L'avocat nie toute complicité au procès Ferrara...

avec AFP

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Les 25 avocats de la défense dans le procès d'Antonio Ferrara, le braqueur italien jugé avec 20 complices présumés de son évasion de Fresnes le 12 mars 2003, entament leurs plaidoiries ce vendredi.
Les 25 avocats de la défense dans le procès d'Antonio Ferrara, le braqueur italien jugé avec 20 complices présumés de son évasion de Fresnes le 12 mars 2003, entament leurs plaidoiries ce vendredi. — Olivier Laban-Mattei AFP

La défense de Karim Achoui s'est efforcée de démonter pièce par pièce ce mercredi la «construction intellectuelle» attribuant à l'avocat un rôle central dans l'organisation de l'évasion d'Antonio Ferrara de la prison de Fresnes, le 12 mars 2003.

«Vous ne pouvez pas envoyer cet homme en prison sur une construction intellectuelle aussi séduisante soit-elle!», a lancé à la cour d'assises de Paris Me Patrick Maisonneuve, un des trois conseils de Me Achoui. «C'est un crime de condamner un innocent! Rien ne vous permet de broyer la vie de cet homme!», s'est emporté Me Francis Szpiner, alors que Karim Achoui n'a cessé de clamer son innocence depuis sa mise en cause fin 2005.

L'avocat général Jean-Paul Content a réclamé le 4 décembre dernier sept ans de prison contre cet avocat de 41 ans, se disant «convaincu» de sa culpabilité.

«Top départ»

Celui qui défendait à l'époque Nino Ferrara aurait donné le «top départ» de l'évasion en envoyant un collaborateur à un parloir le 10 mars. Ce parloir, d'après Jean-Paul Content, était l'unique moyen de provoquer le refus de fouille qui allait mener le braqueur multirécidiviste au quartier disciplinaire (QD), dans une cellule plus facile d'accès depuis l'extérieur.

Une «hypothèse» que les avocats de Me Achoui ont fustigée, affirmant que son intervention n'était pas nécessaire pour s'assurer d'un placement au QD. Pour le braqueur «il suffisait de désobéir» au moindre des ordres d'un surveillant, a dit Me Maisonneuve.

A propos des échanges téléphoniques entre proches de Ferrara, évoquant la déception d'un «baveux» (avocat en argot) à la suite d'une occasion manquée d'évasion en octobre 2002, rien ne prouve qu'ils participent d'une association de malfaiteurs impliquant Me Achoui, selon ses avocats.

Pour former une entente «il faut se voir, se parler, se concerter sur un plan précis», a affirmé Me Maisonneuve.

«Quoi qu'il fasse c'est suspect!»

Me Szpiner a rappelé qu'en octobre 2002, Me Achoui n'avait pas vu une seule fois Ferrara, et que personne dans son cabinet n'était susceptible de savoir qu'«il y avait moyen» de le faire évader à l'occasion d'une comparution au tribunal de Créteil, comme le disent les écoutes téléphoniques.

Karim Achoui «rend de multiples visites à Ferrara en août 2002, il n'y va plus ensuite et envoie un collaborateur, quoi qu'il fasse c'est suspect!», ont tonné les avocats, en référence à une plaidoirie des parties civiles qui avait selon eux des allures de réquisitoire anti-Achoui.

Fin novembre 2005, Me Achoui avait été mis en examen pour complicité dans l'évasion après avoir été mis en cause par Hocine Kroziz, le surveillant de Fresnes accusé d'avoir fourni téléphone portable et explosif à Ferrara.

Toutefois le juge des libertés et de la détention avait refusé d'incarcérer l'avocat en se fondant sur ces seules accusations du surveillant "rapportant des propos de tiers", a rappelé Me Maisonneuve.

«Vous croyez vraiment que pour 10.000 euros, il aurait foutu en l'air sa carrière?»

Aujourd'hui, Me Achoui risque la prison ferme, mais «que s'est-il passé depuis novembre 2005? Des éléments nouveaux? Des témoignages? De la téléphonie? Rien!», a protesté l'avocat.

Hocine Kroziz, qui s'est muré dans le silence au procès, avait laissé entendre pendant l'enquête qu'Achoui aurait perçu «10 plaques» en récompense de sa complicité dans l'évasion. «Vous croyez vraiment que pour 10.000 euros, il aurait foutu en l'air sa carrière?», s'est insurgé Me Szpiner.

Après les dernières plaidoiries jeudi après-midi, la cour devrait délibérer plus de 24 heures, les accusés libres étant hébergés dans un appartement de fonction proche du palais de justice. Le verdict est attendu ce samedi.