Faut-il équiper les nouveau-nés de bracelet électronique?

SECURITE Après l'enlèvement du petit Diango à Orthez, le débat est relancé sur ce dispositif controversé et déjà utilisé dans d'autres pays d'Europe...

Maud Descamps

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Les premiers bracelets électroniques ont été posés cette semaine aux chevilles de bébés nés à la maternité de l'hôpital intercommunal de Montfermeil (Seine-Saint-Denis), première maternité en France à tester ce dispositif anti-enlèvement.
Les premiers bracelets électroniques ont été posés cette semaine aux chevilles de bébés nés à la maternité de l'hôpital intercommunal de Montfermeil (Seine-Saint-Denis), première maternité en France à tester ce dispositif anti-enlèvement. — Olivier Laban-Mattei AFP
L'enlèvement du petit Diango, un nouveau-né de trois jours, à la maternité d'Orthez dans les Pyrénées-Atlantiques, relance le débat sur les bracelets électroniques. Un dispositif déjà utilisé en Allemagne, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. En France, certains hôpitaux en équipent les nourrissons, comme la maternité de Montfermeil, en Seine-Saint-Denis. L'établissement avait pris cette initiative en avril 2007 après que plusieurs kidnappings eurent lieu.

Un dispositif très coûteux

Mais le port du bracelet électronique ne fait pas l'unanimité parmi les spécialistes de la petite enfance, pour des raisons de coût mais aussi d'éthique. «Le dispositif est assez coûteux pour les établissements (environ 10 euros par naissance)», explique Marc-Alain Rozan, président du syndicat national des gynécologues et obstétriciens français (Syngof). «C'est une mesure très lourde à appliquer par rapport à ce que cela apporte», souligne-t-il, tout en précisant que le Syngof est «tout à fait favorable au port du bracelet qui a montré son efficacité». L'enlèvement de Diango à Orthez est la huitième affaire de ce type depuis 2001.

«Ce dispositif est très dissuasif et simple», explique Marc-Alain Rozan. Un bracelet équipé d'une puce est placé sur la cheville du bébé et des récepteurs sont installés dans le périmètre où se trouve le nouveau-né. Si le bébé sort de la zone couverte, une alarme se déclenche et un dispositif de verrouillage des issues et des ascenseurs se déclenche.



Un problème de surveillance dans les maternités

«Les affaires d'enlèvement d'enfant soulèvent surtout la question de la surveillance», relève Marc-Alain Rozan. «Si certains peuvent s'opposer au port du bracelet et l'estimer démesuré, je pense qu'il faut surtout s'intéresser aux façons de renforcer la sécurité, qui ne passe pas nécessairement par le bracelet», a souligné le président du Syngof.

Au Havre, cette mesure entrera en vigueur dès la mise en service, à l'été 2009, du nouveau pavillon «mère et enfant» de l’hôpital Jacques-Monot. «Nous avons établi une charte qui donnera la possibilité aux parents de refuser le bracelet», explique l'hôpital, «afin qu'ils aient le choix».

Une alternative au plan alerte enlèvement

Pour Laurent Levasseur, directeur général de «Bluelinea», qui commercialise les bracelets pour les nouveau-nés, «l'état d'esprit est en train de changer en France. De plus en plus d'hôpitaux sont intéressés par ce dispositif», explique-t-il. «Si le nombre de rapts de nourrissons est faible, il faut savoir que les conflits conjugaux et familiaux sont nombreux» et peuvent amener certaines personnes «à commettre de tels actes». Dans le cas d'un conflit familial, «les conditions ne sont pas rassemblées pour déclencher le plan alerte enlèvement, le bracelet est donc une alternative», précise-t-il.

Du côté de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), qui ne souhaite pas réagir pour le moment, un rapport sur la surveillance des personnes vulnérables sera présenté début 2009. Il abordera, entre autres, la question des bracelets électroniques pour les nouveau-nés.

Débat: Pensez-vous que le port du bracelet électronique est une bonne solution pour lutter contre les enlèvements de nouveaux-nés?