Vaccin anti-cocaïne: «Bloquer la drogue dans le sang»

INTERVIEW Jean-Michel Schermann, enseignant et chercheur à l'Inserm et au CNRS fait le point sur sur les travaux présentés au colloque sur les addictions à Paris...

Propos recueillis par Laure de Charette

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Une utilisatrice de cocaïne, une drogue de plus en plus consommée en Europe.
Une utilisatrice de cocaïne, une drogue de plus en plus consommée en Europe. — SIPA

Les derniers travaux sur un vaccin anti-cocaïne vont être présentés à l'occasion du colloque sur les addictions qui s'ouvre, ce mardi à Paris. 20 Minutes fait le point avec Jean-Michel Schermann, enseignant et chercheur à l'Inserm et au CNRS.

Où en est-on avec ce vaccin?

On en est au stade de l'expérimentation chez l'homme. Les essais cliniques en cours montrent une bonne tolérance : les individus fabriquent des anticorps qui neutralisent la drogue ingérée. Le vaccin, à l'étude depuis 1992, pourrait voir le jour d'ici à deux ans.

Comment fonctionnera-t-il?
Il doit bloquer les molécules de drogue dans le sang avant qu'elles n'atteignent le cerveau. On dispose de quelques minutes seulement pour agir.

Qui pourra être vacciné?
Les gros consommateurs qui veulent s'en sortir mais cela pourrait aussi marcher en prévention pour les enfants à risque nés de parents toxicomanes.

Des piqûres anti-héroïne sont aussi à l'étude. Et contre l'alcool?
Aux Etats-Unis notamment, des vaccins anti-héroïne et anti-nicotine sont en cours de fabrication pour aider les fumeurs à arrêter et empêcher les autres de commencer. En revanche, fabriquer des molécules anti-alcool reste impossible.

On vous sent malgré tout dubitatif...
Je m'interroge quand même sur l'efficacité à long terme de tels traitements. Le cocaïnomane vacciné qui continuera malgré tout à consommer régulièrement aura du mal à générer de nouveaux anticorps. Sans compter le risque d'escalade des doses pour ressentir un effet.