Gendarmes au collège: Darcos et la procureure se renvoient la balle

POLEMIQUE Le ministre charge la procureure de la République du Gers. Le responsable de l'établissement a pourtant tardé à dévoiler son indignation...

J.M. et M. Gr.
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La bombe américaine de la seconde guerre mondiale découverte le 24 novembre sur un chantier à Mantes-la-Ville (Yvelines) a été neutralisée mercredi à 11H14, a-t-on appris au PC installé dans la sous-préfecture de Mantes-la-Jolie (Yvelines).
La bombe américaine de la seconde guerre mondiale découverte le 24 novembre sur un chantier à Mantes-la-Ville (Yvelines) a été neutralisée mercredi à 11H14, a-t-on appris au PC installé dans la sous-préfecture de Mantes-la-Jolie (Yvelines). — Mychèle Daniau AFP/Archives

Et si, tout simplement, ils reconnaissaient que cette descente collective était une action concertée? Chacun des acteurs se rejette la faute dans l'affaire de Marciac, l'Education nationale et Darcos reprochant ses méthodes à la procureure du Gers, procureure qui rappelle que la demande venait du principal de l'établissement. Principal qui lui même a radicalement changé de ton sur la frayeur des enfants, évoquant jusqu'à un «épisode rigolo» pendant l'intervention mardi et s'estimant «floué» le lendemain. Revenons sur les positions des deux camps.

L'académie et l'Education nationale n'ont «aucune responsabilité dans cette affaire». C'est Xavier Darcos qui le dit ce mercredi soir, au sujet de l'intervention polémique des gendarmes au collège de Marciac: «Une opération de prévention prévue le matin même s'est transformée en une opération de répression.» La faute à qui? En l'occurrence, la procureure de la République du Gers.

«Sans vouloir jeter de l'huile sur le feu», le ministre dit avoir du mal à comprendre la formule de Chantal Firmigier-Michel, «qui a dit que cette affaire est de nature à créer de la bonne insécurité». Pour Xavier Darcos, en effet, «il n'y a pas de bonne insécurité, elle est toujours mauvaise. Il y a de la bonne responsabilité, de la bonne responsabilisation, de la bonne prévention mais pas de bonne insécurité». Quant aux méthodes employées, elles sont jugées «tout à fait impromptues».

Mis au courant tardivement

Des méthodes dont le ministre affirme que Christian Pethieu, principal du collège, n'a été prévenu que le matin-même. Trop tard, sans doute, pour intervenir quand les chiens renifleurs ont débarqué dans la cour de l'établissement.

Le principal n'avait probablement pas non plus eu vent d'une opération similaire, menée quelques jours plus tôt à l'école des Métiers d'Auch-Pavie, et qui avait déjà déclenché une vive émotion dans cet établissement. Ou des 23 autres dans l'académie depuis janvier 2008. On ne peut que constater l'évolution du discours du principal, qui «n'a pas dénoncé fermement l'opération menée par les gendarmes jusqu'ici», nous expliquait Frédéric David mardi. Pethieu estime qu'«à l'avenir, il faudrait peut-être revoir la procédure et faire une visite explicative en amont de ce genre d'exercice».

Un «épisode rigolo»

«L'intervention s'est réalisée dans un climat que j'ai jugé serein et sans excès», raconte le principal dans une interview donnée mardi à Libelabo. Il évoque même un «épisode rigolo» avec un chien. On est alors bien loin des propos de son ministre, qui dit au même moment comprendre «l'indignation des familles».

Radicale évolution, mercredi sur France-3, le principal Pethieu explique alors: «Nous avons eu un contrôle. Mais ce contrôle s'est passé dans des conditions qui ont dérapé, il faut dire. J'ai le sentiment d'avoir été trompé, d'avoir été floué dans cette affaire, d'avoir été d'une naïveté assez confondante».

La parole est à la proc'

Le procureur Chantal Firmigier-Michel, affirme pour sa part que le principal était «tenu informé des modalités et du déroulement et a même assisté à l'opération» de contrôle antidrogue. «C'était une opération de contrôle à la demande expresse du principal», a-t-elle déclaré mercredi lors d'une conférence de presse. «On était dans une opération de contrôle et le chef de l'établissement a toujours été informé des conditions dans lesquelles ce contrôle allait se dérouler, notamment de la présence des chiens et des contrôles effectués».

Le procureur ajoute n'avoir été informé «d'aucune anomalie ni réclamation». Quant aux gendarmes, ils n'ont aucun commentaire à faire.

Et si l'on revenait au fond du problème, comme beaucoup de lecteurs, de profs et/ou de blogueurs l'ont souligné. Comment applique-t-on les conventions entre la justice, la police et les établissements scolaires sur la sécurité et les préventions comme celle-ci justement signée dans le Gers (lire ici)? Comment évoque-t-on la question de la toxicomanie à l'école? Avec quels moyens et quels procédures? Comment évalue-t-on la consommation de cannabis dans les collèges ?

De nombreux points qui restent sinon à améliorer, au moins à approfondir. Mais pas à la façon de la désastreuse descente de Marciac.