Les prud'hommes m'ont permis de «laver mon honneur»

TEMOIGNAGE Florian raconte comment il a obtenu gain de cause après avoir contesté un licenciement pour faute grave...

Julien Ménielle

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Une poignée de salariés bloqués dans la cabine de "l'ascenseur social", privés de retraite ou de vacances, ou concourant pour les Jeux Olympiques de la Précarité: la CFTC a choisi l'humour pour sa campagne pour les futures élections prudhomales, le 3 décembre, à travers une série vidéo sur le web.
Une poignée de salariés bloqués dans la cabine de "l'ascenseur social", privés de retraite ou de vacances, ou concourant pour les Jeux Olympiques de la Précarité: la CFTC a choisi l'humour pour sa campagne pour les futures élections prudhomales, le 3 décembre, à travers une série vidéo sur le web. — François Guillot AFP/Archives

Les prud'hommes, tant qu'on n'en a pas eu besoin, on n'en voit pas l'intérêt. C'est la raison invoquée par les syndicats pour expliquer le taux d'abstention de 67% aux dernières élections, en 2002. Florian*, lui, a eu l'occasion de fréquenter les conseillers prud'homaux. Une expérience dont il se serait bien passé, mais qui lui a permis de mesurer à quel point ils peuvent être précieux en cas d'impasse.

A l'époque, le jeune homme a 24 ans et travaille pour une société de services informatiques. «Ils me plaçaient dans des entreprises, où j'effectuais des missions», raconte-t-il. Jusqu'au jour où il reçoit un courrier recommandé de son employeur lui annonçant sa mise à pied pour faute grave. Licencié, sans indemnités, pour un motif qu'il conteste.

Une procédure longue de deux ans


«J'avais terminé une mission dans une entreprise qui changeait de prestataire, raconte Florian, et mon employeur cherchait à faire le ménage.» On lui propose donc une autre mission, très loin de son domicile, et qui ne correspond pas à ses compétences. «Je sentais bien qu'ils essayaient de me décourager, alors j'ai refusé», explique Florian.

Son employeur saisit donc l'occasion de se débarrasser de lui, mais Florian ne compte pas se laisser faire. «Par fierté, explique-t-il, et pour laver mon honneur». Il demande les conseils d'un avocat, qui lui propose de saisir les prud'hommes. La procédure est enclenchée, elle durera deux ans.

«On a effacé cette tache dans mon dossier»

Florian décrit «deux années de stress», au bout desquelles il obtient finalement gain de cause. Le conseil prud'homal reconnaît que le refus de mission constitue bien une faute, mais note des irrégularités dans son contrat de travail et juge le motif de faute grave inapproprié.

«J'ai récupéré des indemnités de licenciement, et surtout on a effacé cette tache dans mon dossier», se souvient Florian. Malgré la lourdeur de la procédure, il reconnaît que, sans les prud'hommes, il se serait «fait avoir».

Aujourd'hui, Florian a 30 ans. Il vient de subir un nouveau licenciement, économique cette fois. «Pas de quoi entamer une procédure, philosophe-t-il, c'est la crise». Mais en cas de nouveau coup dur, pas d'hésitation: «Je le referai, il faut se battre.»


*Le prénom a été modifié


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