Pour Sarkozy, «l’hôpital psychiatrique n’est pas une prison» mais…

SANTE Le Président a annoncé une série de mesures pour sécuriser les établissements…

Catherine Fournier

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Nicolas Sarkozy a annoncé mardi, trois semaines après le meurtre d'un étudiant poignardé à Grenoble par un malade mental échappé d'un hôpital psychiatrique, une série de mesures réformant l'hospitalisation psychiatrique.
Nicolas Sarkozy a annoncé mardi, trois semaines après le meurtre d'un étudiant poignardé à Grenoble par un malade mental échappé d'un hôpital psychiatrique, une série de mesures réformant l'hospitalisation psychiatrique. — Gérard Cerles AFP

Nicolas Sarkozy se dit «passionné» par la psychiatrie. A tel point qu’il est le premier Président français à avoir franchi le seuil d’un hôpital psychiatrique ce mardi matin. Pour l’occasion, le chef de l’Etat avait choisi un établissement de taille moyenne et relativement peu connu, l’hôpital Erasme à Antony (Hauts-de-Seine).

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Accompagné de la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot et du président (UMP) du département Patrick Devedjian, Nicolas Sarkozy avait fait le déplacement pour annoncer un certain nombre de mesures dans le cadre de la réforme de l’hospitalisation psychiatrique, annoncée quinze jours plus tôt.

Pas de «fatalité»

«Trop souvent, on ne parle des hôpitaux psychiatriques qu’à l’occasion de faits divers», a-t-il lancé aux personnels de l’hôpital réunis pour l’écouter. C’est pourtant après la mort d’un étudiant poignardé par un homme échappé d’un hôpital à Grenoble que le Président a lui-même réclamé cette réforme. Et pour cause: «Ces faits divers doivent nous interroger sur les lacunes qu’ils peuvent révéler dans le système d’organisation et de fonctionnement de la prise en charge.» Et Nicolas Sarkozy de réfuter la «fatalité» invoquée dans «ces drames».   

En lieu et place de la réforme sanitaire annoncée, le chef de l’Etat a plutôt évoqué des mesures sécuritaires, visant à «trouver un équilibre entre le souci de soigner tout le monde et de protéger chacun». Car si «l’hôpital ne sera jamais une prison, des malades en prison, c’est un scandale et des malades dans la rue, c’est un scandale également». Revue de détail de ces annonces, chiffrées à 70 millions d’euros.

» Les patients dangereux et fugueurs «géolocalisés»
Afin de mieux contrôler les entrées et les sorties et prévenir les fugues, certains patients hospitalisés d’office seront équipés d’un dispositif de géolocalisation, qui déclenchera une alerte en cas de fugue. C’est déjà le cas pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

» Création d’unités fermées et de 200 chambres d’isolement
Au moins une unité fermée, équipée de portes et de systèmes de vidéosurveillance, va être installée dans chaque hôpital psychiatrique qui le nécessite. Par ailleurs, 200 chambres d’isolement vont être aménagées. Ces structures «intermédiaires» sont destinées aux patients «qui ne sont pas faits pour l’hospitalisation conventionnelle sans pour autant relever des unités de malades difficiles».

» Création de quatre unités pour malades difficiles supplémentaires
Cette mesure, qui coûtera à elle seule 40 millions d’euros, a pour but de compléter les cinq structures existantes en France. Chaque nouvelle unité sera équipée de 40 lits.

» Mise en place d’une obligation de soins en ambulatoire
Pas moins de «80% des patients sont pris en charge en ville», a rappelé Nicolas Sarkozy. Le chef de l’Etat veut ainsi instaurer une obligation de soins en ambulatoire, de même qu’il existe une hospitalisation d’office.

» Toutes les sorties décidées par des experts et validées par le préfet
Actuellement, seules les levées d’hospitalisation d’office pour des personnes ayant fait l’objet de poursuites judiciaires sont soumises à l’avis d’un collège d’expert avant d’être validées par le préfet. Désormais, toutes les sorties, d’essai ou définitives, seront conditionnées à l’avis de deux psychiatres et d’un cadre infirmier — et non plus du seul médecin traitant. Et seul le préfet sera habilité à trancher, car c’est à lui «représentant de l’Etat», de le faire. Selon «Le Figaro», les demandes d’autorisation de sortie arrivent rarement jusqu’à la préfecture aujourd’hui. La plupart sont envoyées à la Direction des affaires sociales, voire pas adressées du tout.

» Création d’un fichier sur les hospitalisations d’office
Comme annoncé après le meurtre de Grenoble, un fichier des hospitalisations d’office verra le jour, afin que les informations concernant les patients soient partagées entre tous les départements. Le Président précise que le secret médical sera respecté.

Débat: Que pensez-vous de ces mesures? L'hôpital psychiatrique doit-il être sécurisé? Dites-le nous ci-dessous...