«La première violence de sa vie lui a été infligée par des gendarmes»

TEMOIGNAGE Le père de Zoé revient sur le récit par sa fille de la descente des gendarmes au collège de Marciac…

Recueilli par Mathieu Grégoire

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Le 19 novembre dernier, les élèves de 4e et de 3e du collège de Marciac devaient rencontrer des gendarmes pour discuter des risques liés à la consommation de drogues. C’est ce que le conseiller principal d'éducation leur avait annoncé, une conversation au coin du tableau noir sur la prévention et le danger des addictions, comme tous les collégiens en ont connu dans leur vie.

La réalité va être bien différente comme le raconte Zoé, 13 ans, dans une lettre rendue publique par son père. Fouille corporelle des jeunes, chiens renifleurs lâchés dans la classe, c'est une vraie descente antistups qu'on subit les élèves. Contacté par 20minutes.fr, le père de Zoé, Frédéric David, responsable d’ateliers de création et d’expression dans un centre psychiatrique pour adolescents à Aire-sur-Adour (Landes), revient sur la matinée musclée vécue par l’adolescente.

En tant que parent, avez-vous été prévenu par l’établissement d’une rencontre à venir entre les gendarmes et les collégiens?

Absolument pas. Je n’étais pas au courant d’une telle opération, nous n’avions pas été prévenus par le principal. Zoé est à l’internat la semaine, elle m’a raconté tout ça en revenant, le vendredi 21 novembre, deux jours après les faits. Elle a commencé à m’en parler, cela m’a choqué. Je lui ai demandé si elle était capable de raconter sa matinée en détail. Elle est montée dans sa chambre et est redescendue avec cette lettre.

A-t-elle été choquée?

C’est une fille solide, elle a pris de la distance avec la fouille des gendarmes. Moi ce qui m’indigne, c’est qu’elle n’avait jamais connu la moindre violence, physique ou psychologique, pendant son enfance. Et la première violence de sa vie lui a été infligée par des gendarmes… Je ne suis pas du tout contre le fait de parler de la prévention des drogues au collège. Ce que je ne comprends pas, ce sont les méthodes employées, qui ont abouti à terroriser des enfants. C’est à l’inverse du but recherché lors d’une rencontre de prévention!

Vous avez l’impression que votre fille a été assimilée à une délinquante?
Cette fouille est lamentable. Pourquoi a-t-on insisté sur Zoé lors de la fouille corporelle, comme elle le décrit? Peut-être parce qu’elle a un petit piercing au nez. Je ne sais pas, j’interprète… Mais ça ressemble à du délit de faciès. Et une collégienne est encore fragile.

Vous a-t-on donné des explications au collège?
Lundi 24 novembre, j’ai essayé de le rencontrer. J'ai finalement lu la lettre au conseiller principal d’éducation (CPE), qui m’a dit qu’il transmettrait au proviseur. J’ai tenté de rappeler le principal le lendemain, mais depuis pas de nouvelles. Jusqu’à ce mardi matin (notre entretien est interrompu par un coup de fil de Christian Pethieu, le principal, ndlr). Le principal a rencontré les parents délégués. Je pensais qu’il allait se positionner fermement contre l’action des gendarmes, mais pour l’instant, il relativise simplement.

Etait-il au courant de la teneur de l’opération des gendarmes, en amont?
Je le pense. C’est lui qui a invité les gendarmes au départ après avoir demandé l'autorisation de la procureure du Gers.

Quelles suites allez-vous donner?
L’important est de dénoncer cette descente. J’ai reçu beaucoup de lettres et de courriels d’indignation et de surprise de parents d’élèves, et aussi de nombreux remerciements. Beaucoup ont appelé le principal suite au récit de leurs enfants. J’appelle à une mobilisation vendredi, avec tous les parents et les citoyens qui le souhaitent.