Les Restos dépourvus car la crise est venue

SOLIDARITE L'association a lancé lundi à Paris sa 24e campagne hivernale d'aide aux démunis...

Laure de Charette - ©2008 20 minutes

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« Désolé monsieur, nous n'avons plus de pâtes ni de légumes. » Ces quelques mots, les cinquante mille bénévoles des Restos du coeur, qui ont lancé hier leur 24e campagne d'hiver, redoutent de devoir les prononcer un jour. Selon Olivier Berthe, le président de l'association créée par Coluche, la rupture de stock - il préfère parler de « point de rupture » - est proche. Une première. « A un moment donné, nous allons être obligés de diminuer l'aide apportée aux personnes démunies. Sans doute pas cet hiver, mais l'été ou l'hiver prochain, prévient-il. Nous sommes inquiets, pessimistes. » Sans « sursaut de générosité » de la part du grand public, dont les dons représentent près de 40 % des ressources annuelles de l'association, « on n'y arrivera pas », lâche-t-il.

Pourquoi ? D'abord, les prix des matières premières ont explosé : + 60 % pour le kilo de pâtes entre mai 2007 et février 2008. Ceux du lait et des céréales ont augmenté de 20 % à 50 % sur la même période. Forcément, le prix moyen d'un repas offert s'en ressent. Certes, le gouvernement a débloqué en août dernier une enveloppe exceptionnelle de 5 millions d'euros pour les Restos. La Communauté européenne a aussi augmenté les fonds alloués au Programme européen d'aide alimentaire aux plus démunis (PEAD) de 50 % pour 2009, avec 78 millions d'euros supplémentaires. « Cela va juste nous permettre d'assurer le même volume de repas distribués. Or nous savons déjà que les personnes à aider - des chômeurs en fin de droit, des mamans seules avec enfants, des personnes âgées mais aussi, désormais, des artisans et des agriculteurs - vont être entre 5 % et 10 % plus nombreuses à s'inscrire cette année, à cause de la crise », poursuit le jeune président des Restos. L'an dernier, 700 000 personnes ont été accueillies, soit environ 90 000 de plus qu'il y a cinq ans. La demande d'aide alimentaire ne cesse de croître. Bientôt, même les repas servis par les Restos risquent de devenir un luxe.

 STATISTIQUES
L’année dernière, 44 % des personnes accueillies avaient sollicité l’aide des Restos pour la première fois. C’était la seconde fois pour 26 % d’entre elles. La grande majorité a seulement besoin d’une aide ponctuelle pour remonter la pente. Sur 100 € donnés, seuls 8,60 € sont consacrés aux frais généraux. 66 € sont affectés à la distribution alimentaire, 20 € aux actions d’insertion. Le spectacle annuel des Enfoirés permet de récolter environ 20 % des ressources de l’association.