« Je suis un survivant. Je n'y croyais pas »

Laure de Charette - ©2008 20 minutes

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Sur les placards de la cuisine sont scotchés des dessins de ses enfants, Marie et Antoine. La barbe grise et le sourire fragile, Vincent Reusser, 54 ans, fait partie des trois mille personnes relogées en vertu du droit au logement opposable (Dalo). Pourtant, il est seul, car sa famille vit à Bordeaux. « J'ai un peu honte, certains n'ont pas eu ma chance », s'excuse-t-il. Il a emménagé le 26 juillet dernier dans cet agréable studio de 18 m2, situé à Gambetta (Paris 20e), qu'il paie seulement 200 euros par mois. « Le jour où je l'ai visité, un petit rayon de soleil passait à travers la vitre, je me suis dit : il est pour moi. » A une semaine près, il atterrissait dans la rue, expulsé de son appartement après trop de loyers impayés.

Son parcours est « un peu tortueux », confesse-t-il. Issu d'un milieu aisé - « J'étais en classe avec Nicolas Sarkozy ! » -, la descente aux enfers commence vers 40 ans : sa femme le quitte. En à peine deux ans, il perd son emploi de photograveur et ses deux parents décèdent coup sur coup. C'en est trop. Dépression, alcool, crises de panique, repli sur soi... « Je ne vivais que pour voir mes enfants. » Pendant onze ans, l'héritage de ses parents lui permet de vivre. Mais les ressources s'épuisent. Les dettes s'accumulent, « des petites sommes, pas grand-chose, juste de quoi payer le train pour aller voir mes enfants dans le Sud ». Jusqu'au jour où un accident de voiture le cloue sur un lit d'hôpital pendant quatre mois. Un déclic, « une renaissance ! ».

Encouragé par Emmaüs et son assistante sociale, il épure ses dettes, suit une formation d'aide aux personnes âgées... et remplit un dossier Dalo. C'était le 8 janvier dernier. La réponse favorable tombe en mars. Vincent déroule sa vie avec pudeur, au fil de la conversation. « Je suis un survivant. Jusqu'au dernier moment j'ai cru que je n'y arriverais pas. C'est dur de se battre. » Il sourit, ému, en montrant une photo de sa fille, Marie. « Elle est venue récemment et elle m'a dit : "Ça sent bon chez toi, papa." Grâce au Dalo, j'ai gagné leur respect. »