« Je vais attaquer l'état, je veux qu'il tienne parole »

- ©2008 20 minutes

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L'histoire de Louiza el Mezehi, 46 ans, mariée et mère de deux enfants en bas âge, illustre parfaitement le tragique de la loi. Elle et sa famille font partie de la cohorte des mal-logés qui attendent désespérément le toit promis. « J'ai trouvé un avocat, je vais attaquer l'Etat. Pourquoi j'aurais peur ? J'ai tous les droits avec moi. Je veux que la République française tienne parole », s'énerve-t-elle, à bout de nerfs. Dans le café parisien où la rencontre a lieu - le patron du misérable hôtel où elle vit refuse que Louiza s'exprime dans ses murs au motif qu'« ils sont des milliers dans son cas » -, les enfants courent partout. L'école de l'aînée est en grève. Et le petit dernier, Ahmed, 2 ans, a une gastro-entérite, en plus d'être asthmatique. « C'est très dur. Je prends un bol de lait le matin et, ensuite, je cours voir mon assistante sociale, récupérer le courrier, remplir les papiers. Des fois, je pleure, mais je me dis voilà, il y a le Dalo, c'est mon espoir », explique Louiza. Avant d'enchaîner les hôtels parfois sans douche ni cuisine, elle et son mari, qui est ouvrier, n'avaient pas de papiers et travaillaient au noir. Le jour où ils ont été régularisés, leur patron les a mis à la porte sans leur verser les derniers salaires, raconte-t-elle.

« Les amis de mon mari disent qu'on nous roule dans la farine avec le Dalo. Mais moi, j'y crois. » Avec l'aide de son assistante sociale, elle envoie dès le 17 janvier 2008, quelques jours après l'entrée en vigueur de la loi, une demande d'hébergement, vite requalifiée en demande de logement. « Le jour où j'ai reçu l'avis favorable, j'ai remercié Dieu. » Avec un modeste salaire, et bientôt deux - Louiza veut retravailler quand Ahmed ira à la crèche -, ils peuvent régler un petit loyer. Actuellement, leur chambre d'hôtel est presque entièrement payée par la Ville de Paris, à raison de 2 700 euros par mois. Il y a urgence. Louiza repart dans les rues froides de Paris, ses enfants sous le bras. Et l'espoir en bandoulière.

L. de C.